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samedi 3 décembre 2022

Les affiches proposant le «soutien scolaire» envahissent déjà nos rues: Les cours particuliers, symbole de l’échec du système éducatif

Les écoles privées de cours particuliers poussent comme des champignons dans des garages, des appartements… En effet, dès le début de cette année scolaire, les affiches proposant des cours de soutien envahissent nos rues.

Par Thinhinane Khouchi
Contrairement aux années précédentes, désormais les cours particuliers commencent dès la rentrée scolaire. Les enseignants dispensant ces cours particuliers exigent des parents l’inscription leurs enfants dés la rentrée «pour ne pas être en retard». Cependant, la vraie raison est de tirer au maximum parti de cette situation et s’enrichir. Certains enseignants disent même ne pas toucher à leur salaire grâce aux cours particuliers. En effet, le phénomène des cours particuliers cache une complexe réalité aux multiples facettes. A l’apparition de ce phénomène, certains enseignants proposaient des cours particuliers aux élèves qui avaient des difficultés à suivre en classe. Rapidement, d’autres enseignants ont vu en cette activité une opportunité pour arrondir leurs fins de mois. Aujourd’hui, le phénomène des cours particuliers s’est enraciné dans un contexte de marchandisation de l’éducation et du savoir. L’éducation devient bel et bien un objet de consommation comme d’autres obéissant aux lois du marché, celles de l’offre et de la demande. Un objet de consommation qui rapporte énormément d’argent, si bien que plusieurs écoles privées de cours de soutien ont poussé comme des champignons ces dernières années. Mal contrôlés et mal régulés, ces cours conduisent souvent à des abus dont élèves et parents payent les pots cassés. «Plusieurs élèves, habitués dès la première année scolaire aux cours particuliers, n’arrivent plus à se concentrer en classe», nous dira Malika, enseignante dans le primaire qui refuse de donner à ses propres élèves des cours de soutien, précisant : «J’ai remarqué que les élèves auxquels je donnais des cours particuliers ne se concentraient pas en classe, car ils attendaient les séances des cours particuliers». Selon elle, «c’est le cumul des heures d’enseignement, le nombre élevé d’élèves en classe et les programmes surchargés» qui épuisent les élèves et enseignants et empêchent ces derniers de consacrer le temps nécessaire pour garantir un enseignement de qualité, conduisant plusieurs élèves et parents à faire recours aux cours de soutien. Par ailleurs, selon le syndicaliste, pédagogue et l’un des grands défenseurs de l’école publique, Bachir Hakem, «aujourd’hui, aussi bien les enfants de l’école publique que ceux de l’école privée suivent des cours particuliers en dehors de l’établissement». Il a indiqué à un média nationale que «les parents d’élèves reprochent à l’école publique le nombre de journées de grève par année, ce qui impacte l’apprentissage des élèves et l’achèvement des programmes et engendre, par la suite, des lacunes chez les élèves. Mais cela fait partie de la formation de l’école qui apprend à défendre ses droits. «Si le nombre de jours de grève est exagéré, c’est que c’est voulu pour détruire l’école publique et pour promulguer les cours particuliers qui ne s’arrêtent pas pendant cette période». Selon lui, les raisons de l’échec de l’éducation en Algérie sont multiples. «J’en citerai certaines, le démantèlement de l’enseignement technique, le système d’orientation, la disparition de l’autorité pédagogique, l’ingérence des parents d’élèves dans la pédagogie, la montée de la tricherie, les cours particuliers et la corruption, le recrutement et le manque de formation des nouveaux enseignants, sont autant de facteurs qui ont aggravé la situation».
T. K.

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