4.9 C
Alger
jeudi 25 avril 2024

L’Egypte se prépare-t-elle au pire ?

Depuis qu’il est question d’une opération terrestre israélienne dans Rafah, à la frontière avec l’Egypte, on tombe de plus en plus souvent sur des informations à ce jour ni confirmées ni infirmées, d’après lesquelles un mur serait en train d’être érigé par les Egyptiens tout au long de la zone de séparation, parallèlement à l’axe de Philadelphie et à quelques centaines de mètres de celui-ci tout au plus. Comme l’Egypte reste muette sur le sujet, les supputations vont bon train. Pour les uns, en dressant cette nouvelle barrière, l’Egypte entend d’abord se prémunir contre un important exode de Palestiniens fuyant les combats et les bombardements aveugles israéliens qui toujours les accompagnent, tout en les laissant passer la frontière, que ce soit par solidarité, par humanité, ou seulement par prudence. En effet, interdire l’entrée sur son sol à une population attaquée dans son dernier retranchement, et n’ayant aucune autre direction à emprunter, serait non seulement inhumain, mais pourrait passer pour un crime contre l’humanité. La guerre commençait à peine qu’Américains et Israéliens agitaient déjà cette menace-là en direction de l’Egypte, qui elle-même voyait bien où ils voulaient en venir : se saisir de l’opportunité qui se présentait pour se décharger sur elle de près de deux millions et demi de Ghazaouis.

Son refus avait été dès le départ ferme, sans appel. Les adeptes de ce transfert forcé et à grande échelle, y ont-ils pour autant renoncé ? On le croirait en tout cas, au vu de la tournure générale prise depuis par les événements. N’empêche, ce serait malgré tout manquer de prudence de conclure à l’abandon par ses promoteurs de cette issue radicale et définitive au conflit actuel. Plus de Palestiniens à Ghaza, en effet, plus de Hamas ni de résistance en général fomentant quelque mauvais coup en sous-sol à lui porter, et surtout plus de nouveau 7 octobre ni à revivre ni même à craindre. Israël redeviendrait le long de cette frontière le pays du miel et du lait et de la sécurité, qu’il avait été jusqu’à ce réveil épouvantable de ce jour, assurément le plus noir de son existence ; en attendant de redevenir ce même pays de Cocagne sur la frontière du nord avec le Hezbollah. Pour d’autres, l’Egypte ne se prépare pas tant à accueillir des refugiés qu’à les repousser s’ils affluent dans sa direction. Pour eux, il n’y aurait pas de mur en construction, il n’y aurait même rien de matériel qui se prépare, sinon un changement de politique avec Israël, lui-même pouvant conduire à des tensions et peut-être même à plus encore si la menace d’envahir Rafah était mise à exécution. Dès qu’il s’agit de rapport entre l’Egypte et Israël, on prend soin d’éviter de prononcer le mot de guerre, comme si on était là dans le cercle d’une matière hautement inflammable. En réalité, tant qu’Israël tient à rappeler régulièrement qu’après la bataille de Khan Younes, ce ne sera pas la fin de la guerre, mais qu’il y en aura au moins une autre, le spectre d’une nouvelle guerre impliquant directement les deux pays continuera de planer à leur frontière, mais aussi sur la région. Si une offensive israélienne sur Rafah, dans l’intention déclarée d’en finir avec la résistance palestinienne, était finalement déclenchée, ce qui dans ce cas ne serait d’ailleurs pas une surprise, tout serait possible, un transfert de population ou non, entraînant ou non une nouvelle guerre israélo-égyptienne. Impossible de prévoir ce qui est susceptible de se produire dans les prochaines semaines. Mais c’est justement à cause de cette incertitude que rien n’est à exclure.

Article récent

--Pub--spot_img

Articles de la catégorie

- Advertisement -spot_img