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vendredi 1 juillet 2022

Légitimité

La guerre d’Ukraine pèse lourdement sur l’actualité française et la campagne présidentielle en cours s’en trouve irrémédiablement bouleversée. Tant et si bien que plusieurs personnalités politiques n’hésitent pas à s’interroger sur la légitimité du candidat qui sortira vainqueur le 24 avril prochain au soir du second tour de la présentielle. «S’il n’y a pas de campagne, la question de la légitimité du gagnant se posera», a ainsi mis en garde en début de semaine le président du Sénat, Gérard Larcher, des propos jugés «irresponsables» par le ministre Julien Denormandie. «Le président de la République veut être réélu sans jamais avoir été réellement candidat, sans campagne, sans débat, sans confrontation d’idées. Tous les candidats débattent sauf lui. C’est un paradoxe !», a déclaré l’homme de droite et soutien de la candidate Les Républicains, dans un entretien au «Figaro», estimant qu’Emmanuel Macron «n’a sans doute pas envie de confronter son bilan aux réalités». Pour le président du Sénat, «notre pays fracturé, endetté et confronté à de multiples problèmes a besoin de ce débat». Le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a lui immédiatement dénoncé sur France Inter des «propos irresponsables». «Gérard Larcher est la deuxième personnalité de l’État. (…) C’est un garant de notre démocratie et Gérard Larcher essaie de faire courir une petite musique qui serait un procès en illégitimité, dans le cas où le président de la République actuel, Emmanuel Macron, serait réélu, au motif que la campagne n’aurait pas été suffisamment faite», a-t-il développé. «On fait tout pour qu’il y ait une campagne», a également réagi le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal sur France 2, rappelant qu’Emmanuel Macron doit présenter ce jeudi lors d’une conférence de presse «de trois heures» son projet pour un second quinquennat. «Dès lors qu’il le peut, le chef de l’État participe à cette campagne», a-t-il affirmé. Gérard Larcher a affirmé de son côté que «quel que soit le vainqueur du scrutin en avril, les conditions de cette élection construiront sa légitimité». «Cette légitimité sera plus que nécessaire face aux défis économiques qui se présentent, aux risques majeurs d’inflation, aux tensions sur le pouvoir d’achat, aux questions non traitées en matière d’ordre, de sécurité et d’immigration». Concernant la candidate de son parti, Valérie Pécresse, Larcher a regretté qu’elle soit «la cible d’une forme de harcèlement, voire de ‘’Pécresse bashing’’». Interrogé enfin sur l’absence de prise de position de Nicolas Sarkozy dans cette présidentielle, il a relevé que l’ancien président «est naturellement libre de ses choix». «Je constate qu’il n’a pas choisi à quatre semaines de l’élection. Valérie Pécresse trace sa route», a-t-il ajouté. Mais les déclarations de Larcher, même si évidemment contestées par la majorité présidentielle qui anticipe une victoire d’Emmanuel Macron, ne sont que
l’écho d’une crainte réelle qui circule dans le pays de voir la crise ukrainienne et le Covid-19 occulter les questions pourtant essentielles qui intéressent le peuple français. Reste à voir si les électeurs se sentiront, eux, concernés par le scrutin du 10 avril prochain et quel sera le taux de l’abstention, qui ne cesse d’augmenter depuis des décennies et qui pourrait aussi générer des doutes sur la légitimité d’un président élu par seulement la moitié du corps électoral français.

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