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Alger
mardi 3 août 2021

Législatives du 12 juin : nationalistes vs islamistes (5)

Tout ce qui a été dit jusqu’ici dans cette série consacrée aux législatives à venir pourrait paraître recevable à un lecteur non dépourvu de sens commun, mais de là à emporter son adhésion, c’est une autre affaire. C’est qu’en Algérie une objection est toujours prête à être soulevée, comme quoi on ne peut en fait rien savoir sur le champ politique algérien, et donc sur le poids relatif des uns et des autres, pour la bonne raison que la fraude électorale s’en serait toujours mêlée et à grande échelle par-dessus le marché. Depuis le début du pluralisme, le fait est qu’il ne s’est quasiment pas passé d’élection sans qu’une clameur d’indignation emplit l’air ambiant à l’annonce des résultats, s’en prenant à la «fraude et massive et généralisée» qui y aurait présidé. A deux occasions seulement, les perdants ont accusé le coup à peu près sans broncher, alors même qu’il y aurait eu beaucoup à dire sur la régularité du scrutin : aux élections locales de 1990, puis aux législatives interrompues de 1991. Et pour cause, elles n’ont pas été remportées par le FLN, mais par l’ex-Fis, qui ne se définissait pas pour sa part comme un parti, ni même comme un représentant du peuple, mais comme le peuple lui-même, le peuple en personne.

On peut gagner une élection contre un adversaire politique, on ne le peut pas contre le peuple. Mais laissons cette question de côté, pour porter notre attention pour le moment sur la formule en question, tant de fois assénée, dont il faut s’attendre qu’elle soit employée par ceux qui auront perdu le 12 juin prochain. A première vue, une fraude massive et généralisée signifie que la compétition qui en a fait les frais a été tellement faussée par là même qu’on ne saurait dire ni qui a gagné ni qui a perdu. Il n’en est rien pour peu qu’on y regarde. Dans la bouche d’un perdant, elle ne signifie pas en tout et pour tout qu’il n’a pas obtenu son dû, qu’on lui a volé des voix, beaucoup de voix, mais qu’en réalité c’est lui qui a remporté la partie. Sous le régime de la «fraude massive et généralisée» (toute la saveur, et la force de frappe de l’expression sont dans sa redondance), il suffirait de renverser le classement officiel pour se trouver en présence des vrais résultats. A ce compte-là en effet, celui qui a gagné, c’est celui qui a perdu, et vice versa. Mieux, le vrai gagnant, c’est celui qui s’est retrouvé à la toute dernière place. Autrement, la fraude n’aurait pas été suffisamment massive et généralisée. Il y aurait eu dans ce cas une part de vérité dans les chiffres proclamés. Même des présidentielles, où la compétition est à ce point serrée qu’elle se joue tout au plus entre deux candidats, les représentants des forces politiques les plus importantes, ou alors des personnalités de premier plan, ont été contestées sur ce même motif, y compris par des concurrents dont le grand public ignorait jusqu’à l’existence l’instant
d’avant. Toujours est-il que toutes ces élections dénoncées les unes après les autres comme étant non seulement frauduleuses mais un défi au bon sens ont fini par se révéler un reflet plutôt exact du rapport de force réel. Elles ont pu être corrigées à la marge à telle ou telle occasion, elles n’ont pas été toutes revues de fond en comble dans le but de faire prendre des vessies pour des lanternes. A l’échelle nationale, elles ont toujours mis aux prises les deux courants majeurs traversant la société algérienne, les nationalistes d’un côté, les islamistes de l’autre, tout en se soldant à l’avantage des premiers, sauf à deux occasions où le pays était plongé dans une crise politique réelle, laquelle d’ailleurs n’allait pas tarder à basculer dans la violence extrême et même parfois dans l’horreur.
M. H.

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