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samedi 26 novembre 2022

Le veto annoncé d’Erdogan

Bien qu’elles aient vu et sans doute compris comme tout le monde que c’est bien à son désir d’intégrer l’Otan que l’Ukraine devait ses malheurs actuels, la Finlande et la Suède, jusque-là toutes deux plutôt satisfaites de leur politique de neutralité dans le conflit opposant depuis toujours cette organisation militaire occidentale à la Russie, se sont soudain mises à penser que seule leur entrée dans l’alliance atlantique pouvait les garantir contre une possible agression russe. Rarement on aura vu un revirement à la fois brusque et complet sur une question d’une telle portée stratégique. Avant le 24 février dernier, la Finlande et la Suède étaient à mille lieues de remettre en cause un des fondements sur lesquels leurs systèmes politiques reposaient depuis des décennies, du reste depuis bien plus longtemps pour la Suède. Dans l’immédiat 24-février non plus, elles n’avaient pas donné l’impression qu’une révolution intellectuelle était en train de se produire au sein de leurs classes politique respectives. La prudence, le «wait and see» restait de rigueur dans l’une comme dans l’autre. Et puis comme Kiev décidément ne tombait pas, comme tout le monde s’y était attendu, et qu’au contraire la guerre s’installait dans le temps, l’idée que la Russie pouvait perdre la guerre commençait à s’emparer des esprits partout en Occident, ce qui naturellement ne pouvait pas ne pas produire ses effets y compris en Finlande et en Suède.

A priori, si la Russie s’enlisait en Ukraine, c’est qu’elle y était trop absorbée pour songer à ouvrir d’autres fronts. Elle serait bien plus inquiétante si elle enlevait en un tour de main les villes ukrainiennes les unes après les autres. C’est alors que des pays neutres, qu’ils le soient de gré ou de force, devraient se demander s’ils ne feraient pas mieux de passer des alliances militaires avec beaucoup plus forts qu’eux. La Finlande et la Suède ont ressenti le besoin urgent d’intégrer l’Otan à la vue non pas des succès militaires de la Russie en Ukraine mais des difficultés qu’elle y rencontrait. Ils ont voulu alors non pas tant se prémunir contre elle que contribuer à sa défaite qui se dessinait, et par suite à son dépeçage. Ils se sont montrés pressés d’intégrer le camp des vainqueurs, pendant que celui-ci voulait encore d’eux. Rien ne semblait pouvait faire échec à ce projet. Rien jusqu’à ce que Recep Tayyip Erdogan fasse savoir quelque chose d’extraordinaire, quelque chose dont personne en Occident ne l’aurait cru capable, qui est qu’il ne considère pas que l’intégration de la Finlande et de la Suède dans l’Otan soit une bonne chose. Le président turc n’a pas dit qu’il était contre, ou qu’il s’y opposerait le cas échéant, mais seulement qu’il n’y était pas favorable. Cela a pourtant suffi pour que le projet en question vole en éclats et tombe à l’eau. On peut sans doute reprocher bien des choses au président turc, mais pas qu’il a l’habitude de parler pour ne rien dire. Non, la Finlande et la Suède ne seront pas membres de l’Otan, ainsi en a-t-il décidé. Non elles ne prendront pas part au festin de rêve consistant à se partager les dépouilles d’une Russie à terre. Aucun des arguments avancés par Erdogan à l’appui de son opposition ne la concerne elle directement. Tous au contraire renvoient à l’intérêt exclusif de son pays. La Finlande et la Suède ne seront pas admises dans l’Otan parce qu’il n’est pas dans l’intérêt de la Turquie qu’elles y soient. Voilà tout. Mais cela suffit amplement.

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