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samedi 24 février 2024

Le revirement de Biden

 

La prolongation de deux jours de la trêve dans la guerre de Ghaza ayant pris fin hier à minuit, on ne sait trop pour l’heure si les opérations militaires reprennent aujourd’hui ou si la pause va se poursuivre, et dans ce cas pendant encore combien de temps. On sait que la résistance palestinienne est quant à elle pour une nouvelle prolongation, elle qui n’arrête pas de proposer «le tout contre le tout», c’est-à-dire l’échange de tous les Israéliens détenus par elle contre tous les Palestiniens dans les geôles israéliennes, qu’on estime maintenant à 9 000. Une éventualité que les Palestiniens appellent aussi le «blanchiment» des prisons israéliennes. Les Israéliens en revanche ont donné le sentiment d’être impatients de reprendre les hostilités, qui n’auraient pas été interrompues si cela n’avait tenu qu’à eux, ou plus exactement sans les pressions américaines, exercées sur eux essentiellement pour des considérations de politique interne. Or voilà que le président américain est allé avant-hier d’un message électronique d’après lequel une reprise des hostilités avec leur cortège de morts et de destructions serait dans l’intérêt du Hamas et de lui seul, ni de celui d’Israël ni de celui de la solution politique au conflit israélo-palestinien.

Par là Joe Biden se montre favorable soit à une trêve longue soit à un cessez-le-feu pur et simple, ce qui est pour le moins en contradiction avec la position qui avait été la sienne jusque-là, qu’on peut résumer ainsi : oui à une pause humanitaire non à un cessez-le-feu. Des négociations soutenues se déroulent depuis quelques heures à Doha entre les Qataris, les Américains, représentés par le patron de la CIA, William Burns, les Egyptiens et le chef du Mossad, qui semblent devoir aboutir sur l’une ou l’autre possibilité jouissant désormais de la préférence de Joe Biden. Si jusque-là les Américains
s’étaient mis à la remorque des Israéliens, tout en leur apportant l’aide que ceux-ci leur demandaient, il semble que ce ne soit plus le cas maintenant, qu’au contraire ils en sont venus à exiger
l’obéissance de la part des Israéliens. Tout se passe en effet comme si ceux-ci avaient pu faire ce qu’ils voulaient jusqu’à la trêve, les Américains s’étaient contentés pendant cette première phase de leur donner des conseils non contraignants, mais qu’à partir de maintenant, ils font savoir que c’est à eux de décider et aux Israéliens d’obéir. Ce renversement ne se serait évidemment pas produit si les Israéliens avaient conduit la guerre sans provoquer l’indignation du monde, en se montrant par exemple économes de la vie des Palestiniens. Or non seulement ils n’ont pu libérer les otages, présentés par eux au départ comme l’un de leurs objectifs, mais ils ont subi des pertes à l’évidence bien plus importantes que celles dont ils ont bien voulu faire état. Si la guerre devait se poursuivre comme elle avait commencé, il n’est même plus certain aux yeux des Américains qu’elle soit au final remportée par eux. Et puis il y a eu ces images de la libération des otages israéliens, qui à elles seules prouvent le traitement humain qui leur a été réservé par des combattants palestiniens auparavant décrits par Israël et les médias occidentaux à sa botte comme des monstres impitoyables. Dans cette guerre, qui peut-être se termine, Israël n’a pas seulement perdu la bataille de
l’opinion mondiale, mais aussi celle de l’image.

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