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jeudi 6 octobre 2022

Le refus obstiné de Dbeibah de s’effacer devant Bashagha

Depuis qu’il a été désigné comme Premier ministre libyen, par le Parlement de Tobrouk, et fait remarquable, avec accord du Haut conseil d’Etat, basé à Tripoli, Fathi Bashagha a tenté à deux reprises de prendre ses fonctions à Tripoli, en lieu et place du gouvernement dit d’unité nationale de Abdelhamid Dbeibah, considéré lui comme ayant fait son temps. A chaque fois, lui et ses accompagnateurs ont rencontré de la part des milices acquises au gouvernement en place une vive opposition, qui les a forcés à rebrousser chemin. Pourtant, s’il existe aujourd’hui en Libye une personne toute désignée pour exercer le pouvoir exécutif, c’est bien lui, qui en effet cumule tout le soutien politique, ayant reçu pour cela l’aval des deux Assemblées libyennes, en plus du soutien militaire, que lui apportent les forces qui comptent le plus aujourd’hui en Libye ; l’une à l’est, l’armée de Khalifa Haftar, et l’autre à l’ouest, la première des milices régnant à Tripoli, celle de Misrata. En plus d’avoir déjà été un puissant ministre de l’intérieur dans un précédent gouvernement, Bashagha est originaire de Misrata, un atout qu’on ne saurait sous-estimer. Il est vrai que Dbeibah est lui aussi de Misrata, ce qui n’est pas pour arranger les affaires de Bashagha.

Il faut savoir que celui-ci a été désigné début mars. Cela fera bientôt six mois qu’il est tenu en échec par quelqu’un qui a priori ne dispose pas du soutien des forces qui se partagent le pays depuis la chute du régime Kadhafi. Dbeibah aurait dû déjà perdre la partie engagée contre Bashagha. S’il n’en est rien, si Bashagha et son équipe sont ailleurs que là où ils devraient être, dans les lieux du pouvoir, c’est parce qu’ils sont désarmés devant le refus de Dbeibah de leur céder la place. L’emploi de la force étant par principe écarté par eux, jusqu’à présent en tout cas, car on les sent pas loin de perdre patience et d’y recourir, l’impasse actuelle peut durer longtemps, de longs mois aussi bien que des années entières. Si Dbeibah ne lâche pas prise, s’il les défie avec une détermination qui va croissant, c’est loin d’être pure folie de sa part. A la différence de son rival, qui n’a de reconnaissance que locale, lui est vu par la communauté internationale comme le chef du gouvernement en exercice de la Libye, c’est-à-dire d’un pays en proie depuis des années de suffisamment de problèmes pour que personne n’ait envie de lui en créer d’autres. La force de Dbeibah réside dans cette neutralité positive observée par le monde vis-à-vis de son pays. Lui-même n’a pas été élu, mais désigné, comme Bashagha, et à tout compte fait moins bien que lui. Il est donc mal placé pour dire qu’il ne remettrait le pouvoir qu’à un gouvernement qui lui serait régulièrement élu, au sentiment non seulement des Libyens mais de la communauté internationale. Des deux hommes, l’un désigné par des institutions libyennes, et l’autre disposant de la reconnaissance internationale, ce n’est pas celui qui nous a d’abord semblé le plus fort qui l’est en réalité. Dbeibah, à l’évidence, ne cèdera pas le pouvoir à quelqu’un qui n’a été choisi que par des Libyens. Si l’ONU, en fait les puissances mêmes qui avaient renversé Kadhafi, reprenait la main en Libye et désignait quelqu’un d’autre pour conduire une nouvelle phase de transition, alors oui, Dbeibah s’en ferait une raison et partirait sans opposer de résistance. Ce scénario n’étant pas à l’ordre du jour, il ne se laissera pas dépouiller par une classe politique dont la légitimité est du même ordre que la sienne : la reconnaissance, ou seulement la bonhomie internationale. M. H.

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