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mercredi 7 décembre 2022

Le rapport qui achève l’amitié américano-saoudienne

Entre la nouvelle administration américaine et l’Arabie saoudite, si ce n’est pas exactement la rupture, ce n’est pas non plus le beau fixe, il s’en faut de beaucoup. Leurs relations ont désormais tendance à se détériorer chaque jour davantage. Depuis la publication, intervenue hier, du rapport élaboré par le renseignement américain relatif à l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, dans lequel la responsabilité du prince héritier, Mohammad Ben Salmane, est clairement affirmée, on peut même se demander si ces relations ont un avenir qui soit dans le droit fil de leur passé. Certes, les Américains n’ont pas l’intention de prendre des sanctions contre le prince héritier, comme ils l’ont fait contre d’autres personnes de son entourage impliquées dans le crime commis dans le consulat saoudien d’Istanbul un certain 2 octobre 2018, mais ce n’est pas cette ultime retenue qui pourra les absoudre aux yeux des Saoudiens. Pour ces derniers l’irréparable a été commis dès lors qu’il a été spécifié dans le rapport que le crime avait été approuvé par lui. Si pour les Américains, très portés en effet aux subtilités d’ordre juridique, il existe une différence entre approuver et ordonner un crime, pour les Saoudiens en revanche, c’est du pareil au même.

Ils comprendraient qu’un ennemi dise un mot en lui-même déjà inacceptable pour en suggérer un autre de plus directement accusateur encore, s’agissant de leur futur roi. Ils ne comprennent pas que ce langage soit tenu par des amis. La veille de la publication du rapport, le président américain a parlé au téléphone au roi Salmane, sans aborder le sujet qui fâche, mais tout de même en lui faisant savoir que les Etats-Unis envisagent sérieusement de remodeler leurs relations avec son pays, une façon assez limpide de signifier qu’ils veulent en fait les revoir à la baisse. Or si le président américain auteur de ces propos était sur le point de quitter ses fonctions, passe encore. Les Saoudiens seraient sans doute disposés à faire comme s’ils n’avaient pas été prononcés. Mais qu’ils les aient été par quelqu’un qui entame à peine son mandat, voilà qui est dur à avaler. Ils veulent dire que durant les quatre prochaines années, le prince héritier, qui entre-temps serait peut-être devenu le monarque saoudien, ne serait recevable ni à la Maison-Blanche ni même à Washington. Or s’il ne l’est pas dans la capitale américaine, il y a des chances pour qu’il ne le soit pas non plus dans les capitales occidentales. Le rapport en question a fait de lui un pestiféré, un intouchable, un non sortable, et un non recevable. Une condition insupportable pour un futur roi, d’ailleurs d’ores et déjà le dirigeant effectif de son pays. Cela les Saoudiens ne le pardonneront jamais à Joe Biden. Ce n’est pas son engagement à continuer d’assurer la défense de l’Arabie saoudite contre les menaces houthies et iraniennes qui y changera quelque chose. Les Américains ne le savent peut-être pas encore, mais avec ce rapport, ils ont mis fin à des relations aussi vieilles que particulières avec l’Arabie saoudite. C’est que par son entremise ils s’inscrivent en faux contre l’intronisation d’un prince déjà désigné comme le futur roi. Ils s’immiscent dans ce qu’il y a de plus sacré pour une monarchie : la règle de succession. Si la famille régnante saoudienne n’a plus le droit de désigner son futur roi, c’est qu’elle est en train de dépérir. Mieux, c’est qu’elle est déjà tombée mais sans qu’elle le sache. A contrario, s’il n’est pas vrai qu’elle soit tombée avant l’heure, alors ce sont les Etats-Unis qui ont cessé d’être pour elle les amis et les protecteurs.

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