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vendredi 7 octobre 2022

Le prix de l’élargissement de l’Otan

Joe Biden a promulgué, il y a trois jours, l’approbation par le Sénat de l’admission de la Suède et de la Finlande dans l’Otan, tout en se saisissant de l’occasion pour inciter les alliés à prendre exemple sur les Etats-Unis. La ratification par le Sénat a été obtenue par un vote auquel il n’aura manqué qu’une seule voix pour être unanime. A titre de comparaison, le vote du plan de dépenses proposé par l’administration Biden depuis son avènement, d’ailleurs largement revu et corrigé par l’opposition de deux démocrates pour lesquels il dépassait de façon outrancière les mesures de la décence, a divisé le Sénat exactement en deux : cinquante voix pour et cinquante contre. N’était la voix supplétive de la vice-présidente Kamala Harris, il ne serait pas passé. Il était en souffrance depuis plusieurs mois, en raison de l’opposition non pas des républicains, qui n’y pouvaient rien, manquant de majorité pour le battre en brèche, mais de deux démocrates, qui n’y ont finalement consenti qu’après lui avoir fait subir une sévère cure d’amaigrissement. L’alliance qui avait permis à Joe Biden d’être élu en 2020 face à Donald Trump en est morte.

Mais passons, ce n’est pas là la question d’aujourd’hui, mais l’élargissement de l’Otan, considéré par les Etats-Unis en particulier comme une victoire sur la Russie, qui en effet avait justifié son invasion de l’Ukraine par l’impératif catégorique de faire barrage à l’entrée de celle-ci dans l’Otan. A ce point de vue, la Russie aurait déjà perdu la guerre. Il n’y aurait pas même lieu d’attendre avant de crier victoire que ses troupes soient contraintes de repasser la frontière avec l’Ukraine. De fait, on pouvait déceler dans les propos tenus par le président américain à cette occasion un accent de triomphe, sauf qu’il manquait de vigueur pour être tout à fait convaincant. En d’autres temps, les désirs des Etats-Unis étaient des ordres pour leurs alliés. La Suède et la Finlande se seraient déjà vues non plus à la porte de l’Otan, mais dans l’Otan, du moment que le pays leader de l’organisation leur donnait son feu vert. Aujourd’hui, ce qui est déterminant à cet égard, ce n’est pas l’approbation des Etats-Unis, mais celle de la Turquie. Si au lieu que ce soit les Etats-Unis qui avant tout le monde leur apportaient leur soutien, c’était la Turquie qui la première les invitait à entrer, alors sans doute ç’aurait été comme si elles y étaient déjà. La voix décisive en l’occurrence, ce n’est pas celle des Etats-Unis mais celle de la Turquie. Or la Turquie ne les inviterait à se mettre à l’abri dans l’Otan, pourtant toujours américaine pour l’essentiel, que si elles-mêmes commençaient par lui livrer les opposants kurdes et turcs présents sur leurs territoires. Elles peuvent compter sur le président turc pour rester intraitable sur cette question. Le principal opposant à Erdogan n’est pas chez elles mais aux Etats-Unis. Elles ne voient pas les Turcs insister auprès des Américains pour qu’il leur soit livré. Les Américains ont même tenu à ce que le monde sache que les Turcs ne leur demandaient rien relativement à cette affaire. Une façon comme une autre de dire que Gülen n’a rien à craindre lui. Il ne risque pas de voir débarquer chez lui sans crier gare une escouade d’agents venus s’assurer de sa personne parce qu’elle est exigée par Ankara… pour prix de cette victoire remportée sur la Russie, qui s’appelle l’élargissement de l’Otan à la Suède et à la Finlande.

 

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