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samedi 24 février 2024

Le précédent Gilad Shalit

Aujourd’hui se termine la prolongation de la trêve de deux jours qui doit voir la libération d’un deuxième groupe d’otages israéliens, composé comme les cinq précédents uniquement de femmes et d’enfants retenus à Ghaza depuis le 7 octobre, contre celle de dizaines de prisonniers palestiniens. La question qui se pose est de savoir s’il y aura une prolongation à la prolongation, entendu qu’il y a unicité du cadre, celui de l’accord conclu grâce à la médiation du Qatar, de l’Egypte et des Etats-Unis, et entré en vigueur vendredi dernier. A cet égard, les porte-parole du Hamas ont été clairs : ils seraient intéressés par une prolongation s’ils disposaient de suffisamment de détenus israéliens pour en quelque sorte la monnayer, les termes de l’échange n’ayant pas varié quant à eux : 10 otages libérés contre un jour de trêve. Ce pourquoi d’ailleurs on parle de prolongation(s) et non pas de nouvel accord. C’est justement ce que voudrait le Hamas, qui ne détient plus de suffisamment de femmes et d’enfants israéliens pour les échanger contre des prisonniers palestiniens du même ordre.

En revanche, il a sous la main des dizaines de militaires israéliens, dont des officiers, qu’il entend échanger quant à eux non pas contre un certain nombre de prisonniers palestiniens mais contre tous les prisonniers palestiniens. Ceux-ci étaient estimés à 6 000 avant le 7 octobre, ils sont maintenant près de 9 000 par suite des nouvelles arrestations opérées depuis par Israël en Cisjordanie. En cette matière, force est de se reporter au seul cas où un soldat israélien détenu par le Hamas a été échangé contre des prisonniers palestiniens. C’est celui de Gilad Shalit, libéré en octobre 2011 après cinq années de captivité à Ghaza contre très exactement 1 027 prisonniers palestiniens. L’un d’eux n’était autre que Yahia Sinouar, le chef actuel du Hamas à Ghaza, celui que les médias israéliens présentent comme le cerveau de l’attaque du 7 octobre. A ce prix, en effet, il y a suffisamment de détenus militaires israéliens à Ghaza pour «blanchir» les prisons israéliennes comme disent en arabe les Palestiniens. Blanchir une prison, on l’aura compris, c’est la vider entièrement de ses pensionnaires palestiniens. Ce ne serait pas là la seule exigence du Hamas d’ailleurs, qui voudrait doubler ce nettoyage par le vide d’autres conditions, comme la levée du blocus par exemple. On le voit, les médiateurs qataris et égyptiens auront du pain sur la planche, une fois la phase en cours dépassée. Si les négociations aboutissent, ce sera à des termes de l’échange bien plus disproportionnés que précédemment, qui eux étaient d’un Israélien pour trois Palestiniens. Si elles aboutissent, c’est-à-dire si la résistance palestinienne n’est pas anéantie par les forces israéliennes, ce qui le cas échéant équivaudra à une autre victoire à porter à son actif. Pour vaincre, il lui suffit de continuer de résister, ce qu’elle a très bien fait jusqu’à présent, en dépit des crimes et destructions commis par l’armée israélienne, alors que pour celle-ci, vaincre c’est non seulement éradiquer l’ennemi mais faire en sorte qu’il ne puisse jamais renaître de ses cendres. Israël a tué des milliers de civils, blessé un nombre plus grand, dévasté Ghaza, mais il n’a pu obtenir des libérations que par la négociation. Voilà une leçon dont il devrait tirer profit, mais que selon toute vraisemblance il va ignorer.

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