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samedi 24 février 2024

Le pire est à venir

Celui qui doute encore de tout ce dont Israël est capable en termes de sauvagerie n’a qu’à regarder le spectacle de dévastation empestant la mort qu’offre aujourd’hui le nord de Ghaza après cinquante jours de guerre. Par ces heures de trêve dite humanitaire, il est loisible pour chacun de prendre la mesure du déchaînement de violence par quoi Israël a répondu à l’attaque du Hamas du 7 octobre. Cette partie de la bande de Ghaza est détruite à 60%. Les 40% restant ne tarderont pas à suivre, même si la guerre selon toute apparence va se transférer au sud au cours de sa deuxième phase, celle-ci commençant ou bien dès demain, ou bien dans quelques jours, tout dépend à cet égard du rythme auquel se feront les échanges de prisonniers. Tout a été fait pour que les habitants du nord ne puissent jamais y retourner, sinon pour se rendre compte qu’une page de leur vie était bel et bien tournée. Le cessez-le-feu n’a été violé par l’armée israélienne que pour faire feu sur ceux des déplacés qui voulaient profiter de la trêve pour aller voir ce que sont devenues leurs maisons, des tirs qui ont fait deux morts et plusieurs blessés.

Certains ont quand même pu en passant à travers champs arriver jusqu’à leur domicile, mais c’était pour constater avec effroi qu’il n’était plus habitable, qu’il n’était plus qu’un tas de gravats. Dans leurs pires cauchemars, ils ne le voyaient pas dans cet état. Le monde voudrait pouvoir à tout le moins prolonger la trêve, accorder un plus long répit à ceux dont beaucoup vont mourir. Appuyé par les Etats-Unis, Israël est disposé à continuer le travail commencé dès le 8 octobre, travail qui consiste à éliminer non pas seulement la résistance palestinienne mais toute présence palestinienne dans la bande de Ghaza, en attendant de pouvoir le faire en Cisjordanie. Il ne s’arrêtera que si l’administration Biden lui en donne l’ordre. Il n’y a pas pour l’heure le moindre indice que telle soit son intention. Tout indique au contraire que cette administration est tout aussi déterminée qu’Israël dans cette entreprise génocidaire en cours. La seule chose qui puisse la faire reculer, c’est la certitude que Biden va perdre devant Donald Trump s’il ne fait rien pour arrêter la boucherie dans Ghaza. N’ayant pu éliminer le Hamas dans le nord, Israël croit pouvoir y parvenir dans le sud. Ne disposant que d’un temps limité pour ce faire, et courant le risque de subir bien plus de pertes dans cette deuxième phase de la guerre que lors de la première, ses bombardements probablement seront encore plus destructeurs et plus meurtriers. S’il interdit aux habitants du nord d’y retourner, c’est évidemment parce qu’il n’a pas perdu espoir de pousser tous les Ghazaouis vers le Sinaï. De là deux scénarios possibles : ou bien l’Egypte, qui a dit et répété que c’était là une limite dont elle ne permettrait pas le franchissement, se décide à lui déclarer la guerre, ou bien elle n’en fait rien et le laisse poursuivre son génocide sous l’égide américaine. On objectera que nous n’en sommes pas là, et que même probablement nous n’y serons jamais, que la communauté internationale ne laissera pas faire. Posons-nous plutôt la question de savoir si aujourd’hui, au cinquantième jour de la guerre, nous sommes plus près ou plus éloignés de l’embrasement régional tant redouté. La réponse ne fait pas de doute : l’extension de la guerre est aujourd’hui plus probable qu’elle ne l’était il y a quelques semaines. Paradoxalement, c’est la trêve qui permet de mieux le constater.

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