21.9 C
Alger
mardi 27 septembre 2022

Le Maroc en danger de revirement américain

Sur la liste des pays reconnaissant la marocanité du Sahara occidental, ou plus exactement dans le nombre des pays appuyant l’annexion de ce pays par le Maroc, ne figurent ni la France ni l’Espagne, ni d’ailleurs aucun pays européen. Et pour cause, l’Union européenne est dans cette affaire pour la solution prônée par l’ONU, laquelle passe par la tenue d’un référendum d’autodétermination. Pourtant sans le soutien de la France et celui de l’Espagne, le Maroc n’occuperait probablement pas aujourd’hui le Sahara occidental. Il serait peut-être en guerre ou en conflit avec les Sahraouis, mais il n’aurait pas envahi leur terre, par crainte de connaître la défaite militaire de leur main. Ou s’il l’avait fait malgré tout, le plus probable est qu’il y a longtemps qu’il s’en serait retiré. C’est la duplicité de ces deux pays européens, anciennes puissances coloniales, officiellement pour la légalité internationale, officieusement pour une seule partie au conflit, à savoir le Maroc, qui a permis à celui-ci d’abord de s’emparer du territoire abandonné par l’Espagne et dans un deuxième temps de consolider sa prise sur lui. Aujourd’hui, un retrait de sa part ne se produirait pas sans mettre en danger son régime politique.

Même dans l’hypothèse où les Etats prenant en l’espèce fait et cause pour le Maroc, qu’ils soient européens ou non, auraient commencé par être neutres, le fait est qu’ils n’auraient pas pu le rester par la suite. Les monarchies arabes, par exemple, seraient toujours aux côtés de leur consœur marocaine dans cette affaire, et en premier lieu par crainte que son échec ne déteigne sur elles par un biais ou par un autre. Elles pensent avoir une communauté de destin, en quoi vraisemblablement elles n’ont pas tort. Il se trouve que le dernier pays à avoir reconnu la marocanité du Sahara n’est pas des moindres, puisque il s’agit des Etats-Unis. Cette reconnaissance n’a pas été gratuite, mais liée à une contrepartie : la normalisation avec Israël. Le Maroc ne manque pas de bonnes raisons de nouer des relations ou de renouer avec Israël. Seulement, ce ne sont pas elles qui l’ont déterminé dans le cas présent à sauter le pas, mais le marché passé avec l’administration Trump, en vertu duquel lui-même normalise avec Israël et en retour les Etats-Unis reconnaissent ses prétentions sur le Sahara occidental. Notons qu’Israël n’a pas eu quant à lui à y aller de quoi que ce soit qui vienne directement de sa poche. Ce sont le Maroc et les Etats-Unis qui ont échangé des choses. Une transaction qui ne lui a rien coûté, mais dont tout le bénéfice lui est revenu. Or voilà qu’arrive une nouvelle administration américaine, très portée pour ce qui la concerne à défaire ce qu’a accompli celle qui l’a précédée et qu’elle déteste tant. De fait, les Etats-Unis ont déjà réintégré l’accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien, sont revenus sur la reconnaissance du Golan comme plateau israélien, ont déjà effacé les Houthis de leur liste des organisations terroristes. La probabilité qu’ils fassent subir le même sort à leur reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental est grande, en tout cas plus grande que celle stipulant l’inverse. Au sein tant de la classe politique que de la société civile américaines, la tendance pro-sahraouie est rien moins que négligeable. Il se peut même qu’elle l’emporte sur la tendance pro-marocaine. Si les Etats-Unis changent d’avis sur ce point, Israël ne perdra rien, n’ayant rien donné du tout, mais pas le Maroc, qui lui n’a normalisé avec lui que pour obtenir la reconnaissance par les Etats-Unis de ses droits sur le Sahara occidental. Lui a payé au prix fort cette reconnaissance, qui maintenant menace de s’évaporer.

Article récent

Le 28 Septembre 2022

--Pub--spot_img

Articles de la catégorie

- Advertisement -spot_img