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dimanche 26 juin 2022

Le jeu trouble des Américains dans la crise ukrainienne

Depuis quelques jours les officiels américains ne disent plus qu’une attaque russe contre l’Ukraine est imminente, mais seulement que la Russie continue de concentrer des forces à la frontière avec cette dernière, cependant à une allure telle qu’elle sera bientôt fin prête pour ouvrir les hostilités. S’ils n’emploient plus l’expression d’invasion imminente, c’est probablement parce qu’elle n’est guère appréciée par les Ukrainiens, après tout les premiers concernés, d’une part pour son effet dévastateur sur leur économie, et d’autre part parce qu’elle ne leur semble pas correspondre à la réalité telle qu’elle s’offre à leur regard. Si eux-mêmes se sentaient sur le point d’être attaqués par leurs voisins russes, il est évident ce n’est pas à leur économie qu’ils penseraient en tout premier lieu mais à leur sécurité. Ils auraient même tendance alors à en rajouter, à dire par exemple que l’invasion est plus qu’imminente, que son lancement n’est plus une affaire de jours mais d’heures, qu’en quelque sorte elle a déjà commencée, quand bien même elle ne le serait pas encore à proprement parler. On ne voit guère les Ukrainiens dans un état d’esprit de ce genre.

Ces derniers temps, ils en sont même venus à dire, à l’adresse de leurs alliés américains notamment, que d’après eux les chances d’un règlement diplomatique à la crise sont plus grandes que celle d’une guerre. Sans doute se gardent-ils de préciser que c’est aujourd’hui que ces chances sont devenues plus grandes, qu’elles l’étaient donc moins auparavant, mais il semble bien que ce soit ainsi qu’il faut l’entendre. A l’appui de cela, la modération dans les propos qui est la leur ces derniers temps, en décalage par rapport à leurs premières déclarations sur le sujet, qui elles étaient d’une tonalité bien plus acerbe, encore qu’elles n’aient jamais égalé en cela celles des Américains et des Britanniques. Du coté des Européens, si l’on excepte les Britanniques, qui en l’espèce ne font que répéter les Américains, l’unique source de leurs informations, personne en Europe n’a l’air de croire que l’attaque des Russes est toute prochaine. Sans en exclure la possibilité, les Européens pensent disposer de suffisamment de temps pour faire en sorte qu’en définitive elle ne se produise pas. De leur point de vue, il y a certes une crise, et elle est sérieuse en ce sens qu’elle constitue une menace pour leur sécurité, mis ils ne lui confèrent pas le même caractère d’urgence que les Etats-Unis. Si la Russie se prépare à envahir l’Ukraine, pour eux ce n’est pas au cours de ce mois de février, comme le prétendent les Américains, que ses forces passeront à l’action. Les Français, les Hongrois, et les Allemands, pour ne parler que de ceux des Européens qui se sont exprimés sur le sujet, il n’est même pas évident que telle soit réellement l’intention des Russes. S’il n’y avait pas les Etats-Unis pour faire dans l’alarmisme, et pour, d’une certaine façon, leur forcer la main, ils auraient tendance à prendre au mot les Russes, qui depuis le début nient que leur projet soit d’envahir l’Ukraine. De sorte que la question se pose de savoir si dans le fond les Américains ne souhaitent pas cette invasion, et cela non pas parce qu’ils brûlent d’en découdre militairement avec les Russes, mais parce que leurs alliés européens seraient bien obligés dans ce cas de rompre leurs relations économiques avec eux. Il saute aux yeux que leur intérêt est, crise ukrainienne ou pas, que les Européens arrêtent de s’approvisionner en gaz russe, pour se tourner vers le leur et celui de leurs alliés gros producteurs de cette énergie. Or le plus sûr moyen pour eux d’atteindre cet objectif est que les Russes envahissent pour de bon l’Ukraine.

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