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vendredi 12 août 2022

Le décès de Abdelaziz Bouteflika

Un événement dont de toute évidence on se serait bien passé que le décès de Abdelaziz Bouteflika, quelqu’un qui pourtant avait présidé aux destinées du pays pendant une vingtaine d’années. Tant il qu’il était vivant, doublement entravé dans ses mouvements, à la fois par la maladie et la surveillance dont il était l’objet, son cas ne posait pas énormément de problèmes. On arrivait même à oublier qu’il fût encore de ce monde. Mort, il refait parler de lui, en attendant de rejoindre sa dernière demeure, et cela seul est déjà assez inconvenant de sa part. Il faut s’en occuper à nouveau en effet, prendre des décisions le concernant, en parler à nouveau – en bien forcément, puisqu’il ne faut jamais dire jamais du mal de quelqu’un qui vient de passer l’arme à gauche; d’autant qu’on a l’éternité pour le mettre en charpie. Se demander par exemple où il serait plus convenable de l’enterrer : dans le carré des Martyrs où l’appelle son titre d’ancien président de la République, mais au risque de déplaire aux hirakistes purs et durs, toujours à l’affût d’une occasion de rebondir, ou quelque part dans la chaleur des siens l’ayant précédé dans la mort, qui attendaient sa venue, vu l’état de délabrement de sa santé. S’il était resté au pouvoir, envers et contre tout, le cinquième mandat serait fini maintenant.

Il aurait duré deux années, à peine plus que cette année et demie de prolongation du quatrième mandat, une option défendue en son temps. A l’heure où ces lignes sont écrites, la question n’est pas encore tranchée de savoir si on prévoit de lui faire des funérailles nationales ou s’il faut laisser à sa famille le soin de lui rendre les derniers devoirs. Maintenant, on ne peut exclure qu’il ait dit son mot à ce sujet, choisissant une cérémonie dans l’intimité, même en présence de l’autre alternative. Bouteflika a pu encore prendre à contrepied son monde, lui souvent portraituré en assoiffé des honneurs. Il part sans avoir remporté son dernier combat : faire sortir son frère de prison. Il s’y était consacré tout entier à la fin de sa vie. Le défunt était tout d’une pièce l’homme d’un temps et d’une culture politique. Il avait à ce titre sa cohérence. On ne voit pas qu’il lui ait 20 années de pouvoir. Bien qu’il ait pu être président dès avant 1999, début de son premier mandat, il a repoussé l’offre à lui faite une première fois. Il ne voulait du pouvoir que dans la mesure où il en disposait en entier. Bouteflika n’était pas un démocrate, en tout cas au sens que ce terme revêt dans une partie du monde. Il n’était pas un dictateur non plus. Il était un nationaliste arabe, pour qui le pouvoir ne se partageait pas. Ou bien il le possédait dans sa totalité, ou alors il le repoussait en entier, et rentrait chez lui. La rue ne s’y était pas trompée, qui l’avait épargné tout au long de son agitation. Ce n’est pas à ses injonctions qu’il avait d’ailleurs cédé, mais à la ma-ladie qui s’était saisie de lui plus de cinq années auparavant et n’avait cessé depuis de le ronger. La foule a en fait aidé à faire partir un homme très diminué physiquement, qui ne s’accrochait pas tant au pouvoir qu’à une idée qu’il se faisait du pouvoir. Elle n’en aurait pas été capable s’il avait pu encore tenir sur ses pieds et lui parler. Elle a eu raison d’un homme déjà dépossédé du pouvoir de la parole, déjà réduit au silence. En partie déjà mort.

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