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mercredi 1 février 2023

Le danger de partition de la Libye

Une élection présidentielle libyenne était programmée pour fin décembre de l’année 2021, laquelle, comme on le sait, n’a pas eu lieu. En principe, elle devait se tenir en 2022. Or voilà que cette année se termine sans qu’elle ait eu lieu. Pire encore, sans même qu’il soit question de l’organiser l’année prochaine, c’est-à-dire en 2023. Le fait est que personne aujourd’hui ne s’aventurerait à prédire des élections en Libye, quelle qu’en soit la nature, à un horizon qui soit visible à partir du moment présent. L’idée continue néanmoins de prévaloir qu’il finira bien par y en avoir un jour ou l’autre, attendu que c’est uniquement par ce moyen que prennent fin les crises les plus graves, comme celles qui le sont moins d’ailleurs. La crise libyenne n’a pas commencé hier, mais il y a plus d’une décennie. Ce n’est pas non plus d’hier que le pays est divisé en deux entités territoriales et politiques. On connaît même l’une de leurs frontières, celle du nord, qui passe par Syrte. On ne sait pas avec la même précision comment elle coupe le pays plus au sud. Mais soyons assurés que les gouvernements installés l’un à Tripoli et l’autre quelque part à l’est, eux par contre le savent, ou du moins connaissent bien jusqu’où s’étend leur territoire au sud de l’actuelle Libye.

Le fait que des élections programmées il y a plusieurs mois soient reportées aux calendes grecques n’est pas un bon signe pour la Libye, ou du moins pour sa réunification. C’est une régression par rapport à 2021, où il était encore possible de se projeter dans des élections, soit au cours de la même année, soit pour les premiers mois de la suivante. Il se trouve que dans le cas de la Libye plus précisément, plus le temps passe, plus les deux entités politiques existantes se consolident et tendent à s’affirmer comme des Etats indépendants l’un par rapport à l’autre. Il n’y aurait qu’un seul obstacle réel, puissant, à une telle évolution : l’inéquitable répartition des ressources pétrolières entre l’est et l’ouest du pays. S’il y avait autant de pétrole dans l’une et l’autre entités, la partition de la Libye serait probablement dès aujourd’hui à l’ordre du jour. Car la Libye telle qu’elle se présente aujourd’hui et dans ses limites actuelles, héritées du passé, est vraisemblablement un pays devenu pour longtemps ingouvernable. Ce pays aurait pu recouvrer son unité par la force. Il avait été laissé à l’armée du maréchal Khalifa Hafter, par la communauté internationale, quasiment une année pour agir en ce sens, pour venir à bout de ce problème primordial. Son échec à prendre Tripoli entre 2020 et 2021, ce qui le cas échéant aurait constitué une solution à la crise libyenne, pourrait bien avoir dès ce moment décidé de la suite des événements en Libye. Avant l’agression franco-britannique de 2011, il y avait un Etat libyen, qui valait ce qu’il valait, mais qui avait le mérite d’exister. Depuis cette intervention contre le régime Kadhafi, sont apparues deux entités libyennes, l’une aussi déterminée que l’autre à ne pas se laisser absorber par sa rivale. La Libye n’est pas aujourd’hui le seul pays arabe à connaître une situation de guerre ni paix. Le Yémen et la Syrie sont en proie à des crises déterminantes pour leur avenir. Mais c’est en Libye que la partition est déjà à l’œuvre.

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