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mercredi 1 février 2023

Le coût de la guerre

Les Européens ont fini par prendre la mesure de l’impact négatif de la guerre en Ukraine sur leurs économies, et à travers ce biais, sur leur stabilité politique elle-même, susceptible d’être mise à l’épreuve au cours de cet hiver qui commence. Ils ont saisi du même coup que cette guerre, à la différence des autres, n’offrait pas de compensation susceptible de la rendre soutenable dans la durée. Ainsi en est-il généralement de la forte hausse de la demande des armes, d’habitude une aubaine pour les industries militaires. Mais en l’occurrence, il n’y a même pas cela, mais seulement des pertes, des dépenses à consentir ; rien en retour en somme, rien de positif en termes de production et d’emploi. Soit de façon directe en forme d’armement et de financement qu’ils sont tenus de fournir à l’Ukraine, afin qu’elle puisse non seulement résister aux attaques russes mais les repousser, en attendant qu’elle puisse contre-attaquer. Soit de façon indirecte, par des effets indésirables, le premier et le plus pénalisant d’entre eux étant le renchérissement important du coût de l’énergie. Ce dont les Européens se plaignent cependant, ce n’est pas d’une hausse dont cette guerre serait directement responsable, mais d’une explosion du prix du gaz fourni par les Américains, en remplacement de celui qu’ils recevaient auparavant de Russie, mais qui ne leur parvient plus, en partie parce qu’ils n’en veulent plus, et en partie parce que les Russes ont mis fin à leurs livraisons.

Cette guerre n’est pas la leur, tiennent-ils toujours à dire. Ce qui bien sûr ne les empêche ni d’envoyer des armes de plus en plus performantes à l’Ukraine, ni de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre à l’arrêt l’économie russe. Mais neuf mois de ce régime ont tout de même fini par leur dessiller les yeux. Et ce qu’ils voient désormais avec clarté, c’est que d’une façon tout à fait inattendue, ce sont eux qui sont en train de la financer cette guerre, et pas du tout les Etats-Unis, qui au contraire sont en train d’en tirer profit. A la faveur de cette guerre, un transfert de valeur s’est mis en place, son vecteur de prédilection étant le renchérissement de l’énergie, celui du gaz en particulier, dont le prix a été multiplié au bas mot par quatre. C’est à nous, sont-ils de plus en plus nombreux à dire, que cette guerre coûte le plus. Sous-entendu : nullement aux Etats-Unis, qui font semblant de se plaindre de ce que nous n’envoyons pas assez d’armes à l’Ukraine et que nous ne mettons pas assez de moyens financiers à sa disposition. Le coût de l’énergie est du fait de cette guerre si déséquilibré entre les deux rives de l’Atlantique que si cela n’était pas corrigé, bientôt ce serait la désertification industrielle en Europe, où ici et là elle est d’ailleurs déjà bien avancée. Le président français, entre autres, l’a dit et répété : à terme, ce serait la fin de l’industrie européenne, ou plus exactement de ce qu’il en reste. En disant cela, c’est aux délocalisations aux Etats-Unis, où le prix de l’énergie reste en effet abordable, en tout cas très inférieur à ce qu’il est en Europe, qu’il semble penser exclusivement. Mais ces délocalisations pourraient se faire ailleurs, dans l’un ou l’autre pays où l’énergie continue d’être bon marché. Un exemple parmi d’autres : l’Algérie, dont ce n’est pas là d’ailleurs le seul avantage comparatif.

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