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mardi 28 septembre 2021

Le coup de force d’un président légitime et même populaire

Rarement un événement majeur aura été aussi prévisible que celui qui vient de se produire en Tunisie, l’impasse politique dans laquelle se trouve ce pays depuis maintenant des mois n’étant pas passible d’un règlement strictement conforme à la légalité. Il n’y avait qu’un coup de force pour pouvoir en sortir, dont l’une ou l’autre partie en conflit finirait par prendre la responsabilité, et pour autant que le remède ne soit pas pire que le mal. Quand rien ne va plus dans un pays, sinon la certitude que les problèmes dont il est assailli ne feront que s’aggraver, c’est le système politique en place qui est cause. C’est à cette conclusion que justement sont arrivés un grand nombre de Tunisiens, pour qui le salut ne pouvait venir que d’un acte d’autorité du chef de l’Etat, dont de plus ils avaient pris soin de préciser la nature quelques heures avant que ce dernier ne leur donne satisfaction en suspendant le Parlement pour une durée déterminée, en mettant fin à l’immunité de ses occupants, et en concentrant tout le pouvoir exécutif entre ses mains. Nul doute que ce soit par là même la fin du régime né de la révolte populaire de 2011, et codifié plus tard dans la Constitution de 2014.

Celle-ci comportait un défaut majeur : elle faisait élire le président de la République au suffrage universel, tout en lui accordant un pouvoir à peu près nul dans la conduite des affaires internes du pays. Le premier à avoir occupé ce poste, Béji Caïd Essebci, se plaignait déjà de cette incohérence entre la légitimité qui était la sienne et le peu de pouvoir réel par quoi elle se traduisait. Son successeur n’avait lui pas attendu
d’être en fonction pour dire que s’il était élu il refuserait cette donne. D’une certaine façon, donc, l’impasse politique, ou plutôt le drame commencé depuis plusieurs mois et qui aujourd’hui est à son summum, était inscrit dans la lettre même de la Constitution. Mais si ses actes antérieurs se sont joués jusque-là, du moins quant à l’essentiel entre ses deux acteurs principaux, que sont le chef de l’Etat, le président du Parlement, Rached Ghannouchi, et le chef du gouvernement Hichem Mechichi, ce dernier étant pour ainsi dire physiquement sorti de la partie, ce n’est plus le cas depuis le coup de force du 25 juillet, date anniversaire de la proclamation de la République tunisienne. Il revient désormais à l’homme de la rue de trancher le nœud gordien, en apportant son soutien soit à Saïed soit à Ghannouchi. Les heures qui viennent seront décisives à cet égard, chaque camp ayant appelé à la mobilisation de ses supporters, en dépit des restrictions en vigueur pour cause de pandémie. A l’heure où ces lignes sont écrites, leurs partisans respectifs se regroupent aux abords du Parlement, dont Ghannouchi entouré de plusieurs de ses partisans s’est vu auparavant interdire l’accès, en présence d’un grand nombre de forces de l’ordre prêtes à s’interposer entre eux. On ne connait pas encore la réaction de la classe politique, sinon celle des partis proches d’Ennahda, notamment celle de Kalb Tounès, et ceux qui soutiennent le Président
Saïed ; ni non plus celle de la puissante UGTT. On connait par contre celle des forces de l’ordre, armée et police, qui sont en train d’obéir aux ordres du Président. Lequel n’aurait d’ailleurs jamais pris les décisions en question s’il savait qu’elles s’y opposeraient. Enfin, il faut attendre aussi les réactions des Etats de la région, dont les effets sur la suite des événements risquent de ne pas être négligeables. On peut penser que le Président Saïed a pris la précaution de consulter leurs autorités avant de passer à l’acte.
M. H.

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