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lundi 5 décembre 2022

Le chantage américain à l’égard de l’Arabie saoudite

Après la publication du rapport du renseignement américain sur l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, dans lequel est pointée la responsabilité du prince héritier, Mohammed Ben Salmane, en fait du dirigeant effectif de l’Arabie saoudite, les Américains avaient fixé pour hier lundi le jour où ils dévoileraient les sanctions qu’ils estimaient devoir prendre contre lui. Autrement dit le sort qu’ils comptaient lui réserver. Ce jour est arrivé, mais sans qu’aucune sanction de cet ordre n’ait été annoncée par eux. Est-ce à dire que la realpolitik, ou l’amitié, ont une fois de plus prévalu entre les deux pays ? Qu’une page, à peine ouverte est déjà en train d’être tournée, et qu’une fois qu’elle l’aura été entièrement, tout redeviendra comme avant entre eux ? Non, parce que si leurs porte-parole n’ont en effet fait état d’aucune sanction, ils ont néanmoins déclaré que leur pays se réservait le droit de le faire ultérieurement. L’épée suspendue au-dessus de la tête du prince saoudien n’est donc pas rabaissée. Elle reste aussi menaçante qu’auparavant. Or il n’est pas d’amitié qui puisse survivre à une telle épreuve, à une telle crise. Tout porte à penser au contraire que les relations entre les deux pays ne seront plus jamais les mêmes, qu’elles ont subi ces jours-ci un dommage dont elles auront le plus grand à se relever, à supposer qu’elles le puissent jamais.

Le fait est que c’est bien la première fois que les Etats-Unis traitent avec une désinvolture aussi marquée une alliance dont pourtant ils se sont toujours plu à dire combien elle leur était importante. L’arme des droits de l’Homme, on ne connait pas d’exemple où ils s’en seraient servis contre un de leurs alliés, où que ce soit d’ailleurs dans le monde. Et puis voilà que tout à coup ils la brandissent contre l’Arabie saoudite, leur plus grand allié au Moyen-Orient après Israël. Serait-ce qu’ils n’aient plus besoin de son pétrole ? Qu’ils en produisent suffisamment chez eux désormais pour se passer d’elle à cet égard, et à jamais ? Il faut croire à la fable de l’autosuffisance américaine durable en matière de pétrole pour ajouter foi à cette billevesée. Ce n’est pas parce qu’ils seraient devenus indépendants dans ce domaine qu’ils changent de méthode avec l’Arabie saoudite. La réalité, c’est qu’ils sont en crise, cela pour des raisons purement internes. C’est un pays plus que jamais divisé en deux camps inconciliables. Et auquel désormais tout peut arriver, y compris le pire, c’est-à-dire la guerre civile. Mieux encore, auquel est déjà arrivé quelque chose de terrible, d’affreux au regard de l’idée qu’il a de lui-même : l’envahissement du Capitole un certain 6 janvier par une bande d’extrémistes prêts à tout, y compris à massacrer les représentants du peuple américain. On parle du pire comme s’il était quelque chose d’hypothétique, de lointain, d’improbable même, alors que c’est un miracle s’il ne s’est pas produit ce jour-là. La nouvelle administration américaine veut d’une part faire payer à l’Arabie saoudite ses relations privilégiées avec Donald Trump, pour lequel elle a effectivement «voté» le 3 novembre dernier, et de l’autre obtenir d’elle ce qu’elle lui a refusé malgré tout, c’est-à-dire la normalisation avec Israël. Le fait qu’elle n’ait pas été la seule à voter Trump plutôt que Biden ne lui vaut aucune indulgence. Mais, si demain le royaume annonçait cette normalisation, soyons convaincus qu’il ne serait plus question de sanctions à prendre contre Mohammed Ben Salmane.

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