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mercredi 1 février 2023

Le brusque dialogue syro-turc

Les ministres de la Défense syrien et turc, accompagnés de leurs chefs du renseignement, et en présence de leur homologue russe, se sont rencontrés à Moscou, il y a de cela moins d’une semaine, en vue, semble-t-il, de renouer les relations entre leurs deux pays. Ils comptent se revoir bientôt, en tête à tête ou une nouvelle fois en présence de Sergei Choïgou, cela on ne le sait pas encore. Sans doute Syriens et Turcs n’ont jamais cessé de se parler, tout au moins au niveau de leurs services de renseignement, un canal toujours praticable quand tous les autres ponts entre deux pays sont coupés. L’événement n’en reste pas moins significatif d’un tournant dans les relations particulièrement mauvaises tout au long de cette dernière décennie entre leurs deux pays, ce qui bien sûr est à mettre l’actif de la Russie, un pays, d’une part, très proche de la Syrie, et dont, d’autre part, les relations avec la Turquie sont allées s’améliorant depuis la tentative de coup d’Etat contre Recep Tayyip Erdogan de 2016, les Russes s’étant montrés à ce moment solidaires de ce dernier. Il semble même qu’ils avaient été plus que cela, qu’ils aient été pour quelque chose dans le fait qu’Erdogan en est réchappé. La conséquence en a été qu’Ankara s’est rapproché de Moscou, et éloigné d’autant de Washington.

Et pour cause, les Turcs ont toujours pensé que le coup a été fomenté par les Américains. Lorsqu’ils en imputent la responsabilité à Fethullah Gülen, un opposant réfugié aux Etats-Unis, c’est en réalité les Etats-Unis qu’ils désignent implicitement. Pour l’heure cependant, il y a entre la Syrie et la Turquie plus urgent que le rétablissement des relations diplomatiques. Il y a en effet l’opération militaire terrestre que les Turcs comptent lancer contre les groupes kurdes au nord de la Syrie. Lesquels groupes sont soutenus par les Etats-Unis, qui maintiennent des forces en Syrie. Pour les Américains, la priorité reste la lutte contre Daech, qui pour avoir été vaincu n’en constitue pas moins à leurs yeux une menace sérieuse. En fait, ce que les Américains craignent le plus, c’est une entente entre Damas et Ankara, inévitablement sous l’égide de la Russie, qui si elle venait à se nouer aurait pour effet à terme de les isoler en Syrie. Dans un premier temps, Turcs et Syriens se ligueraient contre les autonomistes kurdes, et une fois ces derniers réduits, c’est le millier de soldats américains présents au nord-est, occupés aujourd’hui davantage à voler le pétrole syrien qu’à empêcher la résurgence de Daech, qui se trouverait dans le viseur. Les Américains, de même d’ailleurs que les autres membres de l’alliance qu’ils dirigent dans la guerre contre Daech, ne se sont pas battus directement contre les djihadistes, mais par l’intermédiaire des Kurdes, du moins en Syrie. Avant de se battre contre la Russie par Ukrainiens interposés, ils se sont battus contre Daech par Kurdes interposés. Pas de Kurdes à armer, à encadrer et à envoyer en première ligne, plus de prétexte pour garder des forces, qui en attendant que Daech renaisse de ses cendres, encadrent l’exploitation honteuse du pétrole syrien. Les Turcs étaient tout près de lancer leur offensive terrestre, décidée depuis l’attentat d’Istanbul de novembre dernier, attribué par eux au PKK, lorsque les Américains, par la voix de leur ministre de la Défense, leur ont clairement fait savoir qu’ils la désapprouvaient totalement. Certes, ils n’avaient pas précisé qu’ils s’y opposeraient matériellement le cas échéant, mais le sens y était.

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