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jeudi 6 octobre 2022

Le barrage pharaonique de la discorde

L’Ethiopie a donné au grand ouvrage, tout près désormais d’être terminé après une décennie de labeur acharné, le fier, le nom très stimulant de barrage de la Renaissance ; à lui seul plus qu’un programme, le projet mobilisateur d’envergure de tout un peuple. Il va de soi que ce n’est pas du tout ainsi qu’il se présente aux yeux des Egyptiens, qui depuis le début y voient au contraire une menace existentielle – une expression rien moins qu’anodine, qui résonne aussi comme un avertissement. Ni non plus aux yeux des Soudanais bien sûr, bien qu’ils n’aient pas toujours parlé le même langage ferme que les Egyptiens, ayant même donné quelquefois l’impression d’être tentés de changer de camp. La discorde entre les trois Etats est revenue sur le devant de la scène ces dernières heures, après que l’Ethiopie eut fait savoir par l’envoi d’un simple avis aux concernés qu’elle avait lancé le deuxième remplissage, une opération à ce point lente et conséquente qu’elle s’étendrait sur des années. La grande crainte de l’Egypte et du Soudan, c’est que leur part des eaux du Nil s’en trouve réduite de façon drastique pendant tout ce temps. A vrai dire, plus ce temps de remplissage est long, moins durement la réduction inévitable serait ressentie d’une année sur l’autre par les pays de l’aval.

Mais encore faut-il pour cela que l’Ethiopie se lie aux deux autres parties dans un accord dont elle ne pourrait pas ensuite s’affranchir sans en subir les conséquences. C’est précisément là que réside la vraie difficulté. Le gouvernement d’Abiy Ahmed n’entend pas s’engager dans cette voie par écrit. Il a bien voulu revoir à la hausse le temps pendant lequel une grande quantité des eaux du Nil Bleu sont déviées en quelque sorte à la source directement vers le barrage de la Renaissance, accordant au moins en partie satisfaction sur ce point à l’Egypte, mais en parole seulement, ayant refusé dès 2015 de signer un accord consignant les intentions des parties, auquel celles-ci étaient alors parvenues sous médiation américaine. Il est évident que ce précédent a achevé de détruire ce qu’il restait de confiance chez les Egyptiens et les Soudanais à l’égard des Ethiopiens. Pour eux deux, la seule façon de débloquer la situation est de reprendre les négociations depuis le début, avec en ligne de mire un accord à conclure dans les six mois, sous l’égide de l’Union africaine et des Nations unies, et dont les clauses n’autoriseraient nulle échappatoire à personne. Le problème, c’est que ni le Conseil de sécurité, qui vient d’être saisi par la Tunisie, ni l’Union africaine, ne semblent accorder à ce sujet le même intérêt que lui portent l’Egypte et le Soudan. Il n’est d’ailleurs pas acquis que l’initiative tunisienne soit soutenue par neuf des membres du Conseil de sécurité, le nombre de voix favorables nécessaire pour qu’elle puisse se transformer ensuite en résolution impérative du Conseil de sécurité. C’est même l’hypothèse inverse qui est la plus probable. Ce qui le cas échéant serait une déception pour les Egyptiens et les Soudanais mais une victoire pour l’Ethiopie, dont l’un des arguments est que cette affaire n’entre même pas dans le domaine de compétence du Conseil de sécurité. L’Union africaine serait à son avis bien mieux placée pour lui trouver une issue satisfaisante pour tout le monde.

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