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vendredi 1 juillet 2022

L’accord de Vienne et rien d’autre

Après une première réunion, tenue vendredi dernier par vidéoconférence, les pays signataires de l’accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien moins les Etats-Unis se rencontrent mardi prochain à Vienne, mais cette fois-ci en présence des Etats-Unis, en vue de redonner vie à leur accord de 2015, à l’arrêt depuis le retrait unilatéral américain en mai 2018. Une précision doit être apportée sans aller plus loin : ce sera sans contacts directs entre Iraniens et Américains, et ce, à la demande expresse des premiers. Encore est-ce là un gage de bonne volonté de leur part, car au départ ils ne voulaient pas se trouver dans la même salle que les Américains, aussi longtemps en tout cas que leur pays n’aura pas levé les sanctions prises par lui contre le leur au moment de son retrait de l’accord. Si tout se passe de façon optimale mardi prochain, les médiateurs que sont devenus pour la circonstance tous les autres signataires, alors qu’auparavant il n’y avait que les Européens pour tenir ce rôle, seront parvenus à rétablir l’accord de Vienne dans son intégralité. Ce sera le cas échéant un triomphe pour l’Iran, et à l’inverse une défaite diplomatique pour les Etats-Unis, qui n’ont dénoncé l’accord que dans l’intention de le renégocier ensuite, en introduisant des questions étrangères au programme nucléaire proprement dit, que sont le programme balistique et la politique régionale de l’Iran, conformément aux desiderata de leurs alliés au Moyen-Orient

Pour que les choses tournent court par contre, pour que le sommet de mardi prochain soit une occasion manquée, il suffirait justement que les Etats-Unis fassent dépendre de façon stricte l’abandon de leurs sanctions à des concessions iraniennes sur ces deux thèmes. En effet, depuis mai 2018, les Iraniens n’ont montré aucune disposition à aller dans ce sens. Bien au contraire, ils ont préféré subir les «pires sanctions» jamais imposées à un pays, pour reprendre une expression chère à Donald Trump, que de devoir passer par là. Mardi prochain, à Vienne, ils ne seront pas seuls sur cette position : Russes et Chinois seront de leur côté. L’accord sur le retour à l’accord de 2015 ne devra comporter aucun ajout, aucun enrichissement d’aucune sorte, nul additif si petit qu’il soit. Autrement les Iraniens, soutenus en cela par leurs alliés, n’en voudront pas. L’Iran qui sera au rendez-vous à Vienne mardi prochain aura le même visage que celui de 2015, son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, un fin diplomate, néanmoins ce ne sera pas tout à fait le même pays. L’Iran de mars 2021 sait pouvoir compter sur la Chine, qui vient de conclure avec lui un accord stratégique, mais tout autant sur la Russie, avec laquelle un accord du même genre est envisagé. Dans le monde d’aujourd’hui, un Etat menacé et isolé est un Etat perdu. On le sait de façon certaine depuis l’agression impérialiste contre la Libye en 2011. On le sait aussi sur le contre-exemple syrien, dont le régime serait tombé depuis une décennie sans le soutien d’alliés fidèles à leur engagement. Cela n’empêchera évidemment pas les Etats-Unis, et leurs alliés européens, de mettre sur la table la double question du programme balistique et de la politique régionale de l’Iran. C’est même certain qu’ils le feront. La réaction de refus de l’Iran sera telle qu’ils auront à choisir entre le retour à l’accord de 2015, et rien qu’à lui, ou à son enterrement définitif.

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