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vendredi 19 août 2022

La visite discutable de Biden au Moyen-Orient

Ne serait-ce pas au contraire seulement pour se réconcilier avec le prochain roi, Mohamed Ben Salman, auquel jusque-là il ne voulait pas parler, alors qu’il le savait exercer déjà la réalité du pouvoir dans le royaume ? Toujours est-il que ce voyage allait si peu de soi qu’il a dû s’en expliquer dans un article de presse de son cru. C’est qu’il ressemble beaucoup à une reculade, à une révision déchirante, à une palinodie. Ce même paria de prince qu’il snobait, que le renseignement américain avait désigné comme le commanditaire de l’assassinat de Jamal Khashoggi, c’est maintenant à lui le président des Etats-Unis de faire le premier pas dans sa direction. Autrement, ce serait comme s’il invitait les Russes et les Chinois à se substituer aux Américains dans le rôle d’allié principal de l’Arabie Saoudite, une superpuissance en matière d’énergie. Son pays ne peut se permettre une éviction pareille alors que montent les périls, en Europe comme ailleurs dans le monde. La pilule serait certes moins difficile à avaler si en échange de sa propre réconciliation avec le prince héritier il obtenait une normalisation des relations entre l’Arabie Saoudite et Israël. L’exploit serait tel que personne ne ferait attention à son coût. Seulement voilà, il n’est pas réalisable. Saoudiens et Israéliens établiraient peut-être un jour des relations diplomatiques, mais ce ne serait pas dans l’immédiat, et pour le payer lui personnellement de l’effort qu’il fait sur lui-même dans l’intérêt des Etats-Unis et de leurs alliés. Heureusement qu’il y a la menace iranienne, qui elle du moins fait l’unanimité, qui est suffisamment prise au sérieux pour pousser à faire bloc contre elle. La normalisation avec Israël serait inenvisageable sans elle. Or il n’y a pas que des motifs externes à la visite au Moyen-Orient du président Biden. Il y en a de purement internes. En récompense à sa reconnaissance du Golan comme territoire israélien, le nom de Trump a été donné à une colonie israélienne dans le Golan. Voilà qui n’est au goût d’aucun démocrate, encore moins à l’approche d’élections décisives, celles de mi-mandat de novembre prochain. Joe Biden a autant intérêt à nouer avant qu’il ne soit trop tard des relations avec Ben Salman qu’à recevoir la bénédiction des Israéliens dans la perspective d’élections d’une importance capitale à la fois pour lui et pour son parti.

Lorsque Donald Trump s’est rendu en Arabie Saoudite en 2017, une étape parmi d’autres dans un long périple à l’étranger, le premier qu’il faisait depuis son arrivée au pouvoir, on savait quel but principal il poursuivait ce faisant : vendre le plus d’armes possible à un pays comptant au nombre des plus fortunés au monde, qui plus est un vieil allié des Etats-Unis travaillé par un sentiment d’insécurité croissant. On se souvient sans doute des centaines de milliards de dollars engrangés par lui à cette occasion, en homme d’affaires qu’il était avant tout. Mais quand c’est son successeur qui se prépare à faire le même voyage, après bien sûr un passage obligé par Israël, on est pour ainsi dire assailli de questions quant à ses véritables motifs. Est-ce en premier lieu pour convaincre les Saoudiens d’augmenter leur offre de pétrole au vu d’une inflation sans précédent depuis des décennies aux Etats-Unis et en Europe ? Est-ce d’abord pour restaurer dans leur première force des relations qui se sont plutôt refroidies ces derniers temps, et qui menacent de se dégrader davantage dans un contexte mondial trouble, ainsi qu’il le dit lui-même dans une tribune qu’il vient de publier dans un grand journal américain ?

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