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vendredi 17 septembre 2021

La Tunisie le regard rivé sur son président

Plus d’une semaine après que le président Kaïs Saïed a suspendu le Parlement et renvoyé le gouvernement, la visibilité ne s’est guère améliorée aux yeux de qui s’intéresse à la scène politique tunisienne, et voudrait pouvoir devancer par l’esprit les événements les plus probables, ne serait-ce que de quelques heures. La Tunisie, ses amis comme ses ennemis, à supposer qu’elle en ait aussi de cette deuxième catégorie, en sont réduits à se guider sur les propos tenus par le président Saïed lors des audiences accordées à ses invités de la société civile ou en présence des visiteurs étrangers, comme ce fut le cas avec le ministre algérien des Affaires étrangères Ramtane Lamamra. Mais même alors, la vue reste courte. Si courte qu’il faudra à nouveau attendre une prochaine apparition à la télévision pour en apprendre à peine davantage. C’est que pour l’heure en Tunisie l’unique source d’information, c’est le chef de l’Etat lui-même, à la fois son propre porte-parole et le seul acteur. Lui seul possède la réponse aux questions que tout le monde se pose. D’autres que lui jouissent encore du pouvoir de la parole, cela vaut en particulier pour Rached Ghannouchi, dont on peut dire qu’il ne s’est vraiment tu que lorsque à deux reprises il a été emmené d’urgence à l’hôpital.

Mais d’une parole exigeant le retour à la situation d’avant le 25 juillet, à ce titre muette, et pour cause, sur ce que réservent les jours et même les heures à venir. On cessera peut-être d’être suspendu aux lèvres de Saïed quand celui-ci aura nommé un nouveau chef du gouvernement, ce qu’il ne semble pas particulièrement pressé de faire. Car dès ce moment, il y aura une deuxième source d’informations, et en principe elle devrait être plus abondante car plus à portée des questions appelées par les circonstances. Quelle que soit la personnalité choisie, son équation personnelle à elle seule sera riche d’enseignements. Rien que sa nomination, c’est déjà tout un programme. Elle fera porter le regard au-delà du mois, en principe renouvelable, au cours duquel le Parlement est suspendu d’après les mesures exceptionnelles du 25 juillet. Si le président désigne un chef du gouvernement, ce n’est sans doute pas pour que dans désormais moins d’un mois il le voit demander la confiance au Parlement et ne pas l’obtenir. La majorité actuelle, emmenée par Ennahdha, n’aura d’autre choix en effet que de la lui refuser, quand bien même la personnalité choisie serait proche d’elle ou même prise dans ses rangs. Autrement, ce serait pour elle consentir à une révision constitutionnelle en vertu de laquelle il reviendrait dorénavant au président de désigner le chef du gouvernement, et par suite de le limoger dans le cas d’un désaccord avec lui. Si la majorité actuelle acceptait un deal de cette nature, une simple vue de l’esprit pour le moment, ce serait comme si elle consentait du même coup à un changement de régime. Le régime actuel cesserait d’exister sur-le-champ. Rien ne permet pour l’heure de supposer qu’Ennahdha et ses alliés soient prêts pour récupérer leurs droits confisqués du fait de la crise à aller jusqu’à cette concession. De son côté, on voit mal pourquoi le président aurait décrété l’état d’exception pour ensuite, au bout d’un ou de plusieurs mois, revenir à la situation d’avant le 25 juillet. Il lui serait impossible de poursuivre son mandat dans ces conditions. Il serait politiquement mort. En l’absence d’événements venant régulièrement occuper la scène et répondant par leur succession même aux questions qui se posent, en quelque sorte d’elles-mêmes, force est de recourir aux scénarios les plus probables, seul moyen en effet de garder contact avec la réalité. On ne vit pas que dans le présent, mais simultanément dans les deux autres dimensions du temps.

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