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mardi 28 septembre 2021

La Tunisie à la veille d’une opération mains propres d’envergure ?

Alors, maintenant que l’effet de surprise est passé, que tout un chacun a eu le temps de bien réfléchir sur ce qui s’est passé en Tunisie depuis le 25 juillet, sous quel titre convient-il le mieux de placer les mesures d’exception prises par Kaïs Saïed ? Celui de coup d’Etat, de coup de force, de passage en force, de simple acte d’autorité, ou plutôt de mesures de sauvegarde en réponse à une véritable menace sur la sécurité interne ou externe du pays, et comme tel un acte de salut public ? Le recours à l’article 80 de la Constitution faite par le chef de l’Etat tunisien a paru d’autant moins justifié à ses détracteurs que cet article est ainsi libellé qu’il s’inscrit on ne peut plus clairement en faux contre la suspension du Parlement, auquel au contraire il est fait obligation de siéger en permanence pendant la durée de sa mise en œuvre. Autre bévue ou interprétation abusive commise selon eux par le président, celle qui a trait au renvoi du gouvernement, tout aussi explicitement interdit par la clause invoquée par lui.

Mais comme il est impossible à un observateur extérieur de faire injure à un spécialiste du droit constitutionnel qu’est le président tunisien de croire en l’occurrence qu’il s’est aussi lourdement mépris sur un point pourtant aussi clairement formulé, force sera de commencer par supposer le contraire, c’est-à-dire que sa lecture est nécessairement bonne, sinon la seule bonne, même si elle n’est pas évidente, et qu’il faille pour cela l’élucider. En fait, tout s’explique beaucoup mieux pour peu qu’on admette que du moment que les mesures prises par lui sont nécessairement destinées à contrecarrer un péril imminent, par là même elles disent en quoi consiste ce dernier. Le Président Saïed a suspendu le Parlement et renvoyé le gouvernement pour la simple et bonne raison que ce sont eux qui ensemble étaient en train de mettre en péril la stabilité politique, économique et sanitaire de la Tunisie. Il lui était impossible de les associer à la solution alors que de son point de vue ils représentent le problème justement. Or, il n’a pas fait que geler le Parlement, il a également levé l’immunité des députés, et interdit à des gens de plusieurs bords de quitter le territoire national. Ce qui laisse présager bien des mises en examen, et par suite bien des procès, dans une série qui ne serait pas sans rappeler celle qui n’a pas encore fini de dérouler ses péripéties en Algérie. Tout indique qu’une opération mains propres d’envergure se prépare en Tunisie. Les événements se conjuguent mieux sous cet éclairage. Les fermetures et arrêts imposés pendant plusieurs heures à des administrations, à des ministères, les remplacements opérés en urgence à leur tête, se laissent facilement interprétés comme autant de mesures prises en vue de sauvegarder des traces écrites utiles à des investigations soit déjà lancées, soit sur le point de l’être. Le monsieur-tout-le-monde tunisien, lui en tout cas, en est convaincu. Il s’attend à des arrestations et à des procès. Il est déjà dans le coup d’après, dans une actualité judiciaire à rebondissements. C’est d’ailleurs ce qui explique le calme dont il fait preuve, comme son ignorance des appels à manifester contre le «coup d’Etat» faits par Ennahdha, par ses satellites, ses instruments et ses alliés. Mais déjà Kalb Tounès, la pièce sans laquelle rien n’aurait été possible pour elle, tourne casaque, ne trouvant désormais que du bon dans l’acte d’autorité du président.

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