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dimanche 14 août 2022

La stratégie de Biden du bord de l’abîme

Après le sommet virtuel sino-américain du 15 novembre, la conversation téléphonique Biden-Poutine, programmée pour demain, en vue du même objectif déclaré par le président américain que lors des échanges avec le président Xi Jinping : faire baisser la tension accumulée ces derniers temps entre leurs deux pays, faire en sorte que nul incident ne se produise dont les conséquences seraient incalculables. Avec la Chine, le risque semblait grand, il y a de cela quelques jours, qu’elle lance son armée sur Taïwan, en réponse justement à des provocations américaines effectuées tout près de ses côtes. Là-dessus le président américain a proposé à son homologue chinois un sommet virtuel pour discuter à tête reposée des sujets explosifs qui opposaient leurs deux pays. Sans doute d’ailleurs moins pour protester de ses bonnes intentions, malgré la relative clarté de ses actes, que pour obtenir l’assurance que la Chine n’était pas de leur fait à la veille d’un envahissement de Taiwan. Il était d’autant plus en droit de s’attendre à pareille conclusion qu’après tout son pays n’avait franchi aucune des lignes rouges que les Chinois considèrent des casus belli.

Si lui-même, ou quelque autre membre de son administration, déclarait par exemple que les Etats-Unis reconnaîtraient l’indépendance de Taïwan si celle-ci était proclamée, ou si Taïwan, prenant tout le monde au dépourvu, la proclamait, alors oui, il ne se ferait aucune illusion, il saurait très exactement de quel bois se chaufferait la Chine. Par chance, on n’en est pas là, du moins pas encore. Avec la Russie, le problème est du même ordre, sauf que dans son cas, l’envahissement à prévenir a déjà été accompli à moitié, celui de la Crimée, et qu’il faille non pas tant faire restituer celle-ci qu’empêcher que tout l’Ukraine y passe. A la suite d’actes provocateurs de l’Otan dans ses parages, la Russie a massé ce qui a tout l’air d’être une armée d’invasion le long de ses frontières avec l’Ukraine. A en croire les autorités ukrainiennes, cette invasion se produira au début de l’année prochaine, en janvier, ou en février au plus tard. Ce qui, explique-t-elle, rend d’autant plus nécessaire son intégration à l’Otan. Or si pour la Chine la ligne dont le franchissement signifie la guerre, c’est l’indépendance de Taïwan, pour la Russie, c’est l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan. C’est en quelque sorte pour s’enquérir de l’état d’avancement de ce projet que Joe Biden a proposé à Vladimir Poutine, non pas certes un sommet comme avec Xi Jinping, parce que ce serait lui faire trop d’honneur, son pays n’étant plus, à son sentiment du moins, une superpuissance digne de ce nom, mais une simple conversation par vidéoconférence. La dernière fois que les deux hommes s’étaient vus,
c’était à Genève en juin dernier, une occasion qui leur avait permis de régler quelques questions en suspens, dont le retour à leurs postes de leurs ambassadeurs, rappelés auparavant sur initiative américaine. Ils s’étaient reparlés quelque temps plus tard au téléphone. Il faut savoir qu’auparavant, il était arrivé au président russe de signifier à son homologue américain qu’il était en train de franchir la ligne rouge relative à l’Ukraine, ce qui revenait à le pousser à envahir celle-ci. C’est justement pour savoir à quoi s’en tenir exactement sur ce point que Biden veut un échange direct avec Poutine. En juin à Genève, il s’était excusé de l’insulte faite au président russe, comme quoi il était un tueur, en lui faisant des cadeaux, ce que peu de personnes ont su. Cette politique s’appelle en américain «brinkmanship», un mot sans équivalent en français, qu’on peut approximativement rendre par «stratégie du bord de l’abîme».

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