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dimanche 14 août 2022

La sortie étonnante de Zelensky

Jusqu’à ces dernières heures les Américains pouvaient entretenir des doutes sur la solidité du front qu’ils formaient avec leurs alliés européens, face à la menace russe d’invasion de l’Ukraine, des signes ayant apparu en ce sens, mais l’idée que le coup porté en traître leur vienne de l’Ukraine elle-même, c’est là une idée qui n’a pas même dû leur effleurer l’esprit. Telle ou telle déclaration du président Volodymyr Zelensky avait pu leur sembler en dissonance par rapport aux leurs propres, comme celle où il demandait à ses concitoyens de ne pas trop s’inquiéter, de vivre comme à leur habitude, mais comme ils s’étaient empressés de l’interpréter comme une parole de dirigeant destinée à donner du cœur au ventre à ses compatriotes, ils ne s’en étaient pas trop méfiés. Qu’ils aient été pris complètement au dépourvu vendredi dernier, au cours de la conférence de presse de Zelensky, on pouvait s’en rendre compte non pas en observant tel de leurs responsables, mais sur la mine déconfite de leurs journalistes présents en force à cette occasion. Ils s’attendaient à quelque révélation confirmant l’imminence de l’attaque russe, en accord avec ce qui se disait à Washington, mais c’est à un tout autre discours qu’ils ont eu droit.

Mais arrêtez-donc, vous autres Américains, de faire croire que l’Ukraine est le Titanic, qu’elle est en train de couler, se met à les houspiller Zelensy, cependant d’une voix sans le moindre éclat, presque dans un murmure, et avec un calme olympien. Car, ce disant, vous faites fuir les capitaux, et fondre notre stock d’or par la même occasion, ce qui est tout de même dommageable pour notre économie, qui se redressait. Ce n’est pas en amis qu’en l’occurrence vous agissez, mais en ennemis, c’est-à-dire en Russes, à supposer que ce ne soit pas pire. Il ne faut jamais paniquer quand la guerre frappe à la porte. Regardez-moi donc, est-ce que je panique, comme le fait votre président, qui pourtant est loin. Qu’est-ce que ç’aurait été s’il était là, à ma place ? Mais il serait à craindre qu’il prenne ses jambes à son cou, ma parole ! Pendant un temps interminable, les journalistes américains ont subi les sarcasmes de Zelenski, un comédien de profession, qui savait tenir là son meilleur rôle, son heure de gloire, mais qui, avec un art consommé, n’en laissait rien paraître. Rien ne leur a été épargné, même si eux, pris individuellement, n’étaient pour rien dans cette affaire. Et d’ajouter sur la même inspiration : nous autres les Ukrainiens connaissons parfaitement les Russes, nous vivons sous leur menace depuis longtemps. Aussi savons-nous quand ils sont sur le point de nous attaquer, et quand ce n’est pas le cas. Il n’y a encore rien chez eux qui plaide pour une attaque imminente, contrairement à ce que vous prétendez depuis le début. La concentration actuelle de leurs forces à nos frontières est du même ordre que celle du printemps dernier. Avaient-ils attaqué pour autant ? Non. Donc arrêtez vos salades. Quand ils voudront vraiment attaquer, nous le saurons avant vous, puisque nous sommes plus près d’eux que vous, et que nous les connaissons bien mieux. Si le but de Zelenski, en tenant ce discours ébouriffant, était de se concilier des Russes en effet menaçants, on voit mal ce qu’il aurait pu dire ou faire d’autre. Jamais allié, ou obligé des Américains, n’a osé se moquer comme il l’a fait de leur président. Or se livrer à cet exercice, c’est le plus sûr moyen de se racheter aux yeux des Russes.

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