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lundi 20 mai 2024

La solitude d’Israël due à ses crimes

Deux craintes taraudent aujourd’hui l’administration Biden relativement à la guerre à Ghaza : d’une part, que la débauche de crimes contre les civils à laquelle Israël se livre depuis six mois passe toute mesure, si bien qu’au bout du compte il est qualifié d’Etat génocidaire ; et de l’autre que le soutien qu’elle continue de lui apporter lui fait perdre à elle l’élection cruciale du 5 novembre prochain. Evidemment, ces craintes ne sont pas exprimées par elle aussi crûment, mais plutôt de manière allusive, sous forme de conseils donnés à leur allié et protégé, assortis de menaces de sanctions qu’elle serait forcée de prendre à son encontre s’il n’en tenait pas compte. Si elle continue de le fournir en armes et munitions, elle l’avertit cependant qu’elle pourrait s’arrêter de le faire, et que cela est tributaire avant tout du soin qu’il prend, ou qu’il ne prend pas, d’épargner les civils. Il est clair que demander à un belligérant de cesser de massacrer des civils revient à l’accuser en filigrane de crime de guerre, sinon davantage. Le fait est que l’administration Biden en est venue aujourd’hui à tenir ce langage tout à fait inhabituel avec Israël.

Sa tolérance vis-à-vis de ses crimes aurait probablement été plus grande s’il n’arrivait pas une présidentielle sans pareille dans l’histoire des Etats-Unis, qu’il lui faut à tout prix remporter, que ces mêmes crimes sont de nature à lui faire perdre. Toutefois, pour nouveau qu’il soit, ce langage n’en reste pas moins celui d’un grand frère désireux de vous voir amender, soucieux de votre salut, car vous voyant en grand péril. Les Américains ne cessent maintenant de dire aux Israéliens : arrêtez de massacrer des civils si vous ne voulez pas vous trouver complètement isolés sur la scène du monde, tenus à distance y compris par vos meilleurs alliés. Notons tout de suite que le seul fait de parler à quelqu’un de la sorte implique non pas qu’il est en train de se faire rejeter mais que c’est déjà le cas dans une bonne mesure. Le vote de vendredi du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU laisse peu de doute à cet égard, qui demande à la communauté internationale d’arrêter toute vente d’armes à Israël. Une majorité a voté la résolution, 6 pays l’ont désapprouvée, dont les Etats-Unis et l’Allemagne, et 13 se sont abstenus, dont l’Inde, le Japon et la France. Le texte contient bien le mot de génocide, mais il est vrai, seulement comme une éventualité, se conformant en cela aux avis de la Cour internationale de justice émis à ce jour. Des pays européens ont déjà cessé de vendre des armes à Israël, pas encore nombreux il est vrai, mais qui pourraient l’être par la suite. Mais dès à présent, personne ne se vanterait de livrer des armes à Israël, parmi ceux qui le font. L’isolement d’Israël est plus manifeste encore au plan diplomatique. Ses représentants ne se rendent plus à
l’étranger. On a oublié jusqu’au nom de son ministre des Affaires étrangères, qui en effet ne fait plus guère parler de lui. Le seul endroit où Netanyahou pourrait à la rigueur voyager, c’est à Washington, et encore, il n’est pas évident que Biden veuille aggraver son cas personnel en le recevant. Après l’assassinat des 7 humanitaires de World Central Kitchen, on ne voit pas le Premier ministre britannique courir le risque de s’afficher avec lui, où que ce soit. Au lendemain de l’attaque du 7 octobre, les dirigeants occidentaux ont défilé à Tel-Aviv, pour exprimer leur solidarité. Il ne s’en trouverait personne aujourd’hui pour se fendre du même geste d’amitié.

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