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mercredi 24 avril 2024

La présidentielle infaisable

A moins maintenant d’une dizaine de jours de la date de l’élection présidentielle libyenne, fixée en effet pour le 24 décembre, sans que la commission électorale ait seulement pu publier la liste des candidats, il faut bien se rendre à l’évidence : il est maintenant matériellement impossible que cette élection ait lieu à la date retenue pour son déroulement. Depuis plus de 24 heures, le Parlement libyen délibère sur ce qu’il y a lieu de faire, la commission électorale indépendante s’en étant remise à lui pour trancher le nœud gordien : faut-il malgré tout aller à cette élection, sans la possibilité pour les candidats de mener campagne dans ce cas de figure, ou faut-il prendre acte de son infaisabilité actuelle, ce qui semble aller de soi. Récemment encore, le chef de la mission onusienne pour la Libye, Jan Kubis, démissionnaire depuis, soutenait devant le Conseil de sécurité que des élections en Libye organisées dans les conditions les moins favorables, c’est encore mieux que pas d’élections du tout. Comme il n’a trouvé de contradicteur nulle part, ni parmi les puissances ayant voix au chapitre s’agissant de la Libye, pour avoir été responsables du renversement du régime Kadhafi, ni parmi les Libyens, tout naturellement l’idée a prévalu que ces élections n’avaient en fait d’autre but que de permettre à la communauté internationale de désigner le président, tout en le présentant comme celui qui a été choisi par une majorité de Libyens.

La nomination de Stephanie Willams, comme conseillère du secrétaire général de l’ONU pour la Libye, n’allait pas à rebours de cette perspective, au contraire elle la confortait. On était alors au mois de novembre. Le temps pressait déjà, mais comme l’élection en vue n’en était une qu’en apparence, il semblait malgré tout suffisant pour y faire tenir un simulacre. La plus hâtive, la plus bâclée des présidentielles, c’était mieux que pas de présidentielle. Force est de constater maintenant que la partie n’était pas jouable. La prudence n’en reste pas moins de mise. Une présidentielle pour le 24 décembre reste possible aussi longtemps que le Parlement libyen, qui se réunit pour la première fois depuis 2014 à Tripoli, n’a pas émis un avis opposé. Personne d’ailleurs, ni du côté de la mission onusienne, ni de celui du gouvernement libyen, ne s’aventure à dire quoi que ce soit sur le sujet. Tout le monde attend qu’une nouvelle feuille de route voie le jour, qui sans doute est en cours de discussion, on ne sait trop à quel niveau précisément, même si on devine entre quelles parties elle se négocie. Des gens croient savoir qu’une nouvelle période de transition est à l’ordre du jour, qui sera annoncée dans les prochaines heures, devant se terminer à son tour sur cette même élection ajournée cette année faute de temps suffisant pour son organisation. Mais, même si cela semble l’évidence, il est fortement recommandé de ne pas trop s’y fier, l’expérience ayant montré qu’en matière de crise libyenne le bon sens est souvent pris en défaut. La Libye est un pays sous tutelle internationale, mais sans qu’une puissance particulière ait reçu mandat de le conduire hors de ses difficultés actuelles. Car le temps des mandats n’est plus. L’ONU n’est pas un organisme souverain. Son action est subordonnée à l’avis du Conseil de sécurité, qui est pluriel. De là l’impuissance du monde à faire retrouver à la Libye son équilibre perdu.

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