8 C
Alger
vendredi 4 décembre 2020

«La peur doit changer de camp»

Certaines des déclarations tenues ces derniers temps par des responsables français, dans la foulée de la décapitation revendiquée de l’enseignant Samuel Paty, ne sont pas sans faire écho à ce qui se disait en Algérie au moment où le terrorisme islamiste achevait de s’emparer d’elle. Complet basculement dans l’horreur survenu dans les années 1993-1994, plus d’une année après le début de ce qu’en France en particulier on appellera de bout en bout la guerre civile en Algérie. Plus généralement, la France est en train de se donner le sentiment d’être à la veille d’une phase de son histoire peu ou prou comparable à celle que nous autres Algériens avons connue dans les années 1990, et que nous appelons la décennie noire. Sentiment conforté d’ailleurs davantage par les propos des uns et des autres que par les faits eux-mêmes, bien que le crime qui les a suscités soit en soi une abomination réelle. Mais de tout ce qui se dit depuis, aucune déclaration n’est plus évocatrice de l’expérience algérienne que celle faite par Emmanuel Macron, selon laquelle la peur doit changer de camp. C’est en effet celle-là même qu’avait faite le Premier ministre algérien de l’époque, Rhéda Malek, le 16 mars 1994 à Oran. Et pas à n’importe quelle occasion, mais au beau milieu de funérailles, celles du célèbre dramaturge Abdelkader Alloula. Jamais les islamistes, engagés ou non dans le terrorisme, de même que leurs alliés de tout bord, ne la lui pardonneront.

Quand il avait prononcé ces mots, le sang coulait déjà à flots en Algérie, mais pour l’essentiel dans un seul camp. Quels que soient les progrès déjà réalisés en France par les pratiques et l’idéologie islamistes, celle-ci est loin de se trouver aujourd’hui et de leur fait à feu et à sang. Sans doute l’assassinat de l’enseignant n’est-il pas le premier acte de terreur islamiste, mais même en supposant le pire à cet égard, on n’imagine pas qu’elle soit sur le point de verser dans une expérience à l’algérienne. Pour une raison évidente : en France les islamistes ne travaillent pas pour eux-mêmes, bien qu’ils le croient, mais pour l’extrême droite. En Algérie, ils étaient animés du désir de se saisir du pouvoir, en vue de fonder leur propre Etat, l’Etat théocratique, la douala islamia comme ils l’appellent eux-mêmes. Les «territoires» qu’ils gagnent en France, ou même qu’ils auraient déjà gagnés, ils n’auraient aucune chance de les garder si l’Etat français décidait de les leur reprendre. Il n’est aucun progrès qu’ils fassent qui ne profite à leur ennemi principal : l’extrême droite. Sans eux, celle-ci verrait son développement s’arrêter net, faute d’épouvantail à brandir, de menace «anti-française» imminente à agiter. Son intérêt n’est pas que l’islamisme recule, bien qu’elle prétende le contraire, mais qu’il progresse au contraire. Et mieux encore, qu’il fasse des siennes, qu’il agisse de plus en plus selon sa nature, qu’elle connait bien. L’extrême droite française ne demanderait pas mieux que de le voir déclarer une guerre véritable à la France, ce qui est loin d’être le cas pour l’heure. On peut compter sur elle pour tout faire en ce sens. Chaque violence, chaque avancée islamiste, est une aubaine pour elle. Elle les provoquerait si elles venaient à manquer. Si d’aventure les islamistes se tenaient tranquilles trop longtemps, ou qu’ils attendaient l’approche d’élections importantes pour s’imposer une sorte de retenue. Ils sont en effet si faciles à manipuler. De misérables caricatures suffisent à leur faire sortir leurs grands couteaux. Les islamistes ne pourront pas créer leur propre Etat en France, pas plus qu’ils ne l’ont pu en Algérie. L’extrême droite elle par contre le peut, et le cas échéant ce ne serait pas pour la première fois en France.

Article récent

Foot/ Italie- transfert: Slimani dans le viseur de la Salernitana (Série B)

L'attaquant international algérien de Leicester City (Premier league anglaise) Islam Slimani, en manque de temps de jeu, est convoité par le pensionnaire de...
--Pub--

Articles de la catégorie

Le dossier sur lequel Joe Biden est le plus attendu

Le dossier le plus urgent auquel selon toute apparence s'attellera la nouvelle administration américaine, pleinement aux affaires à compter du 20 janvier prochain, est...

Stagdeflation

Jusqu'à la crise économique de 2007/2008, ce que les autorités financières de tous les pays, développés ou pas d'ailleurs, à l'exception notable de celles...

Le principal dossier de politique extérieure qui attend Joe Biden

A quelques semaines seulement de la fin de son mandat, Donald Trump voulait faire bombarder une installation nucléaire iranienne, au risque d'un embrasement du...

En Libye, la pause pour cause de transition américaine

Depuis la tenue en janvier de la Conférence de Berlin sur la crise libyenne, le dialogue interlibyen s'est démultiplié, allant de rencontres en réunions...
- Advertisement -