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dimanche 2 octobre 2022

La menace américaine sur Nord Stream 2

Dans leurs réponses aux questions des journalistes, à l’issue de leur entretien à la Maison-Blanche lundi dernier, le président américain et le chancelier allemand se sont efforcés d’abord de paraître tout à fait sur la même ligne dans l’hypothèse d’une invasion russe de l’Ukraine. Vous autres journalistes, semblaient-ils alors défier leur public, qui n’aimez rien tant que ce qui ne va pas, vous auriez beau faire, vous ne pourriez pas passer une feuille de papier de cigarette entre nous deux positions sur ce sujet, car elles sont rigoureusement identiques. Pas seulement entre nous deux d’ailleurs, représentants des Etats-Unis et de l’Allemagne, avaient-ils l’air de préciser, mais également entre tous les membres de l’Otan, qui tous autant que nous sommes formons face à la menace russe sur l’Ukraine un bloc que rien ne saurait fissurer. Et puis est venue la question qui divise, posée d’abord à Joe Biden, qui avait commencé par dire que si la Russie envahissait la Russie, c’en serait fini de Nord Stream 2, lui demandant ce qu’il entendait exactement par là, n’étant pas lui-même sur place pour le cas échéant couper les vannes du gazoduc ; puis, quasiment dans les mêmes termes, à Olaf Sholz. Je vous promets que nous en sommes capables, rétorque le président américain, d’un air entendu.

Certes, personne dans la salle n’ignorait que dans le cas d’une guerre en Ukraine, l’une des premières choses que feraient les Américains, sinon la toute première, ce serait de détruire le pipeline de Nord Stream 2, et probablement aussi celui de Nord Stream 1, les deux étant placés l’un à côté de l’autre. Ce n’est pas là donc que résidait la nouveauté, mais dans le fait que cela ait été réaffirmé devant le chancelier allemand, qui confronté à la même question, y a répondu différemment, et d’un air qui montrait bien qu’il n’appréciait pas trop ce qu’il venait d’entendre de la part de son hôte. Tout ce que nous ferons, si invasion russe il y a, nous le ferons ensemble, comme je me tue à le répéter, répond-il, mais en anglais, bien qu’il ait été interrogé en allemand. Laissez entendre que le gazoduc serait détruit, c’est signifier que les Allemands n’auraient pas le choix le moment venu, que la décision appartiendrait aux seuls Américains, qui ensuite offriraient leur gaz liquéfié en compensation. Il ne serait pas laissé aux Allemands la possibilité de reporter à plus tard, à la fin du conflit forcément, la mise en service de Nord Stream 2, ni même de Nord Stream 1, qui sans doute connaîtrait le même sort. Nord Stream 2 est une propriété russe, mais il n’aurait pas vu le jour sans l’assentiment des Allemands. En ce sens, on peut dire qu’il est le fruit d’une collaboration, non seulement d’ailleurs russo-allemande, mais de la Russie et de plusieurs parties européennes. Pour construire un gazoduc de plus de 1 200 kilomètres, il faut l’assentiment de plusieurs pays, et la coopération de plusieurs entreprises de nationalités différentes. C’est là une œuvre collective, en l’occurrence européenne, même si juridiquement elle est la propriété d’une seule entreprise, Gazprom. La dizaine de milliards de dollars de coût auront été dépensées pour rien s’il est détruit. En réponse à l’invasion éventuelle de l’Ukraine, les Allemands ont l’intention de ne pas prendre de gaz acheminé par ce gazoduc. Seulement sa destruction ne peut pas être envisagée par eux, pour la bonne raison que de leur point de vue elle est inutile, leur fournisseur, la Russie, ne pouvant en aucun cas les forcer à prendre un gaz dont ils ne veulent pas. L’allié américain entend, lui par contre, les forcer à ne plus jamais acheter de gaz russe.

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