22.9 C
Alger
samedi 25 juin 2022

«La Maison de Bretagne» de Marie Sizun : Le ressac des souvenirs

Il est un cap qui pointe son nez dans la mer d’Iroise et qui a pour nom Sizun. C’est le pseudonyme que s’est choisi l’autrice, amoureuse de cette Bretagne inspirante où elle écrit tous ses romans, treize à ce jour. Au cœur de ces paysages éclaboussés d’embruns, de ciels flottants, de bateaux qui tanguent, d’éclats d’ombre et de lumière, se nichent des intrigues qui, toujours chez Marie Sizun, se nouent autour de la famille et ses emmêlements. «La Maison de Bretagne» n’échappe pas à ce motif récurrent des enfances déçues, des mères inattentives, des pères insaisissables, des grands-mères conciliantes…
Arrivée un soir d’octobre de Paris, Claire est bien décidée à vendre la maison de famille – celle de sa grand-mère Berthe – sise à L’Île-Tudy, dans ce Finistère où elle a passé toutes ses vacances depuis qu’elle est petite. La cinquantaine désormais, elle n’y va plus depuis longtemps. Trop de rancœurs accumulées, d’anciens chagrins non consolés y sont associés, pense-t-elle. Elle décide d’ignorer les chambres du haut – celles de ses parents et de sa sœur, les premiers sont morts, la seconde s’est enfuie –, et de s’installer en bas, dans la chambre de Berthe. En poussant la porte, elle découvre un jeune homme inconnu étendu dans le lit, sans vie.

Bonheur insensé
Si une enquête est bien diligentée par le commissaire Brun, on comprend vite que l’essentiel du roman n’est pas là. La vision de ce corps échoué dans la maison désertée sera vécue comme un électrochoc pour Claire : pendant une seconde de folie, de «bonheur insensé», n’a-t-elle pas imaginé que ces «cheveux très blonds en courtes mèches désordonnées qui dépassaient étaient ceux de son père, de ce père disparu il y a trente ans…».
S’ébauche alors sous la plume sobre et délicate de Marie Sizun une autre quête. Pas à pas, Claire va exhumer des profondeurs de son passé des fragments d’enfance qu’elle avait tus ou fantasmés autour d’une mère sèche et distante, d’une sœur ombrageuse et détestée, d’un père adoré mais qui les a abandonnées… Où se dissimule la vérité des êtres qu’on croyait connaître ? Dans quel interstice du cœur se cache la complainte des absents ? De quel sortilège la mémoire est le jouet ? Par légères touches, Claire dessine ainsi sur le palimpseste de sa vie un nouveau paysage intérieur, peut-être plus mélancolique mais apaisé, laissant en chemin ressentiment et remords. «La vie était là, simple et tranquille. Celle que nous n’avions pas su voir et dont, à présent, je percevais la douceur et la force».
R. C.

Article récent

--Pub--spot_img

Articles de la catégorie

- Advertisement -spot_img