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mercredi 29 juin 2022

La Libye enfin sur la bonne voie ?

On pouvait craindre au vu de l’échec de la présidentielle en Libye du 24 décembre 2021 que la crise dans laquelle est plongé ce pays depuis plus d’une décennie  se renouvelle dès lors, pour finir à plus ou moins brève échéance par faire voler en éclats le cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2020. On se rappelle peut-être que ce n’est pas ce point de vue qui avait prévalu ici même, mais  pour ainsi dire son opposé, suivant lequel loin d’avoir été une mauvaise chose, l’annulation de ces élections (la présidentielle devant être immédiatement suivie par  des législatives conformément à la feuille de route onusienne) a été, pour paradoxal que celui paraître, une chance pour la Libye. En effet, des élections dont aucune partie n’était disposée à en accepter les  résultats s’ils lui étaient défavorables, la sagesse commanderait plutôt  de ne pas les tenir. Ce qui fut le cas au bout du compte, mais  contre la volonté des puissances occidentales et de l’ONU, qui d’une seule voix avaient vivement  regretté qu’elles n’aient pas eu lieu, exigeant par la même occasion  que les Libyens se remettent aussitôt à la tâche d’en organiser d’autres. Un mois et demi plus tard, le cours des événements en Libye prend une tout autre tournure, celle-là même contre laquelle les puissances occidentales et l’ONU s’étaient déjà inscrits en faux,  et dont le point de départ est la désignation d’un nouveau chef de gouvernement.  La nouveauté cette fois-ci, et elle est de taille, elle pourrait même être décisive, c’est qu’un consensus est intervenu pour ce faire, entre Tobrouk, représenté par le Parlement libyen, et Tripoli, par le Haut Conseil d’Etat. Deux candidats concourraient pour le poste de chef de gouvernement, en lieu et place de Abdelhamid Dbeibah, lâché à la fois par Tripoli et par Misrata, dont il est issu, mais au moment de l’élection par les membres du Parlement, un seul restait en lice, Fathi Bashagha, ancien ministre de l’Intérieur dans le gouvernement d’union nationale, auquel aucune voix n’a manqué, ce qui est tout de même significatif. C’est bien la première fois depuis plus d’une décennie que les Libyens se soient retrouvés sur une même position. Cela n’aurait pas été possible si le consensus ne s’était pas forgé auparavant entre les principaux protagonistes, loin des feux de la rampe. Le nouveau chef de l’exécutif est comme le précédent, qui toutefois n’entend pas  lui remettre le pouvoir, issu de Misrata, la principale force armée à l’ouest de la Libye.  Il est évident que cette force a retiré son soutien à Dbeibah pour l’apporter à Bashagha, si bien que le premier ne dispose encore que de l’appui des Occidentaux et de Stephanie Williams, la conseillère du secrétaire général de l’ONU.  Le premier à s’être depuis exprimé en sa faveur, c’est un porte-parole de l’ONU en réponse à une question de journaliste. On a l’impression que les puissances exerçant collectivement un mandat implicite sur  la Libye depuis 2011 ont été prises de court, ce qui explique qu’elles soient pour l’heure silencieuses, ne sachant à quoi se résoudre. Elles devraient pourtant se réjouir du  nouveau cours en Libye,  car il n’aurait pas été pris si les Libyens ne s’étaient pas mis d’accord pour s’y engager. Pour la première fois, ce  sont eux qui ont établi une feuille de route, et cela en finalement peu de temps, moins deux mois après l’abandon de celle qui leur avait été imposée à Genève il y a une année.

Mohamed Habili

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