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mercredi 28 septembre 2022

La guerre par procuration, c’est encore la guerre 

Depuis quelques jours la guerre en Ukraine est comme à l’arrêt. Mais si les lignes ne bougent pas, les bombardements, en lesquels elle se résume dans sa phase actuelle, eux par contre se poursuivent, sans qu’on puisse dire qu’ils aient redoublé d’intensité cependant. Dans moins d’une semaine, le conflit bouclera son sixième mois d’existence, une durée sur laquelle peu de gens auraient parié au moment où elle commençait, le 24 février dernier. Une guerre d’invasion est dans son principe une guerre de mouvement. S’il arrive qu’elle s’arrête, c’est soit parce qu’elle est en train de tourner au désavantage de l’envahisseur, soit parce que ce dernier estime avoir déjà mis la main sur les territoires qu’il était dès le début dans son intention de conquérir. Dans la première hypothèse, l’arrêt en question n’est pas volontaire, mais la conséquence de la résistance rencontrée. Dans la deuxième, si. Impossible pour le moment de savoir laquelle des deux est la bonne. A l’origine, cette guerre n’était ni une guerre d’invasion ni une guerre de conquête, mais une guerre préventive. Les Russes ont envahi l’Ukraine parce que les Occidentaux ont refusé de leur donner les garanties sécuritaires qu’ils leur demandaient, la plus pressante d’entre elles étant que l’Ukraine ne serait jamais membre de l’Otan. Si tel est le véritable but de guerre du côté russe, alors on ne peut dire ni qu’il est déjà réalisé ni qu’il ne l’est pas encore.  La Russie n’a toujours pas la garantie qu’elle recherchait, mais elle fait ce qu’il faut pour se l’accorder à elle-même, l’Otan se refusant toujours à la lui donner. Tant qu’elle-même occupe une partie de l’Ukraine, l’Otan n’y sera pas, encore qu’elle puisse  s’y trouver d’une autre façon, et d’abord par l’aide qu’elle ne cesse d’apporter à l’Ukraine. La Russie n’était pas jusqu’au 24 février dernier en guerre contre l’Otan, qui toutefois s’élargissait vers ses frontières occidentales depuis des décennies ; elle l’est maintenant, même si elle n’affronte directement que l’Ukraine. Les Etats-Unis et l’Otan sont maintenant en guerre contre elle par Ukraine interposée. Le but des Américains en particulier, qui sont géographiquement loin et dont l’économie n’est guère liée à celle de la Russie, à la différence de celle de l’Europe, est de faire traîner en longueur le conflit. Pour eux, le critère de la victoire, c’est le temps. Plus cela dure, plus grande est leur victoire. Mais celle-ci ne sera complète que dans la mesure où son économie ne se ressent aucunement, ou alors à peine, de cette guerre. Or, bien que ses échanges commerciaux avec la Russie ne pèsent pas lourd dans la balance, son économie est malgré tout touchée par la guerre, pourtant lointaine. Aujourd’hui, c’est par le biais de la hausse des prix que son économie est atteinte. Demain, ce pourra être par un autre côté, à supposer que ce ne soit par plusieurs à la fois. La guerre par procuration, c’est encore la guerre. Les Etats-Unis ne peuvent jouir de tous les bienfaits de la paix tout en menant une implacable guerre par procuration contre une grande puissance comme la Russie. Viendra nécessairement un moment où ils auront à choisir entre le retour à la paix et l’engagement direct dans le conflit. L’Europe, leur alliée, n’est déjà pas dans la même situation, son économie dépendant des échanges avec la Russie, si bien que toute sanction prise contre celle-ci est d’une certaine façon une autopunition. Il arrivera nécessairement un moment où les Européens soulèveront des objections contre cette maldonne. Cela aussi est une question de temps. Le fait qu’elle marque le pas n’empêche pas une guerre de produire ses effets propres.

Mohamed Habili 

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Le 28 Septembre 2022

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