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mercredi 8 février 2023

La guerre, c’est bon pour les économies américaine et russe

A l’occasion du dernier Conseil européen, à Bruxelles en octobre de cette année, on se souvient que le président français Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse tenue à l’issue des travaux, a carrément reproché aux Etats-Unis de tirer profit de la guerre en Ukraine en livrant à leurs alliés européens du gaz à des prix nettement plus chers que ceux auxquels ils cèdent le même produit sur leur propre sol à des entreprises américaines. Avec une telle différence de prix dans un domaine aussi crucial, nulle concurrence n’est possible entre les économies américaine et européenne. Si cela devait se poursuivre, a-t-il ajouté, les entreprises européennes sont à plus ou moins brève échéance condamnées à disparaître, à moins de s’expatrier aux Etats-Unis, pour profiter du même avantage que leurs concurrentes américaines. Les mêmes critiques à l’adresse de l’ami américain, d’ailleurs déjà formulées par l’Allemagne avant que le président français n’en vienne à les exprimer à son tour, sont devenues en Europe monnaie courante depuis lors. Si bien que les Américains ont fini par se sentir obligés de s’en expliquer. Ce qu’ils ont fait dernièrement en mettant en avant les efforts et les dépenses qu’ils ont dû déployer pour satisfaire les besoins des Européens en une matière aussi stratégique, ceux de leurs industries comme ceux de leurs citoyens dans leur vie de tous les jours.

Au lieu de nous remercier pour ce que nous faisons pour vous, ont-ils laissé entendre, pour atténuer vos pénuries en énergie, bien réelles quant à elles, que faites-vous ? Vous nous traitez de profiteurs de guerre, de suceurs de sang, vous parlez de prix astronomiques que nous pratiquons dans nos échanges avec vous, comme si vous étiez des ennemis, et que notre but était comme de juste de détruire vos économies, ou alors d’attirer vos meilleures entreprises sur notre territoire, où les prix de l’énergie sont en effet plus modérés, plus cléments. Avant la guerre, les Américains voulaient que les Européens cessent de nourrir l’ours russe en préférant son gaz au leur, alors que c’est eux qui pour l’essentiel assurent leur défense contre lui. Voilà qui est fait, grâce à la guerre mais aussi à leur persévérance. L’ère du gaz russe abondant et bon marché, et des infidélités européennes avec Moscou pour ne pas en manquer, c’est fini. Voici venu le temps du gaz américain rare et excessivement cher. On peut compter sur ses fournisseurs pour que cet avantage comparatif ne soit pas provisoire, qu’il soit au contraire pérenne. Pour eux, la situation créée par la guerre doit persister après elle. S’ils ont saboté ou fait saboter les Nord Stream, ce n’est évidemment pas pour les voir réparés et remis en fonction dès la fin des hostilités. Mais on n’entendra jamais les Américains, ou leur président dire que la guerre, c’est bon pour eux sur tous les plans, et d’abord pour leur économie, en position maintenant de damer le pion à sa concurrente européenne. Le président russe, sur le même sujet, ne s’embarrasse pas de scrupules quant à lui. L’Opération militaire spéciale, c’est-à-dire la guerre en Ukraine, est une bonne chose pour le complexe militaro-industriel russe, qui grâce à elle est en train de tourner à plein régime, vient de déclarer tout net Vladimir Poutine. L’information n’a pas été donnée par un média de propagande occidental mais par l’agence Tass elle-même, ce qui garantit sa véracité.

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