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jeudi 25 avril 2024

La guerre aux trois foyers

Il faut se rendre à l’évidence : les pourparlers indirects entre Israël et le Hamas, commencés à Paris et devant reprendre au Caire mardi dernier mais sans que cela se produise, ne sont pas seulement à l’arrêt, en raison de positions encore trop éloignées les unes des autres, mais forment une page en train de se fermer, et dont les chances de se rouvrir sont proches de zéro. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre en compte une récente déclaration de Benyamin Netanyahou, selon laquelle l’opération dans Rafah, où se concentre pas loin d’un million et demi de déplacés palestiniens, aura lieu dans tous les cas de figure, voulant dire par là qu’elle est indépendante d’un éventuel accord sur une trêve en vue d’un échange de prisonniers. Le message est clair : la trêve pourra tout au plus retarder l’attaque sur Rafah, en aucun cas la faire annuler. Ayant compris que c’était là le dernier mot des Israéliens, le Hamas en vient lui-même à conditionner la reprise des négociations à des livraisons plus consistantes des secours, d’autant que le spectre de la famine a refait son apparition, plus spécialement dans le nord de Ghaza.

On peut dire que seuls les Américains continuent de croire en la possibilité d’un accord, encore que le chef de leur diplomatie ait nettement revu à la baisse dans son intervention à Munich à l’occasion de la Conférence sur la sécurité l’optimisme dont il faisait montre il y a encore peu. A ce moment, ils n’étaient pas seuls à être optimistes, les Qataris semblant entretenir le même sentiment, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Tout porte donc à croire que l’invasion de Rafah aura lieu. Mais quant à savoir à quel moment, c’est là une autre question, compliquée par l’approche du ramadhan, le mois le moins propice à une attaque menaçant de se traduire par un bain de sang. A Munich, tous les intervenants ont mis en garde contre une telle perspective, à leurs yeux inéluctable si Israël n’en fait qu’à sa tête. N’était le ramadhan, dont rien ne dit d’ailleurs qu’il sera respecté par Israël, on aurait de bonnes raisons de penser que l’attaque est imminente, étant donné que les Israéliens font déjà tout pour forcer les déplacés à remonter vers le nord, dans le même temps d’ailleurs qu’ils leur indiquent une limite à ne pas franchir : l’oued de Ghaza. Si malgré tout Israël reporte l’attaque pour des jours meilleurs, ce ne sera pas toutefois uniquement pour des considérations tenant à la guerre à Ghaza. Car en réalité celle-ci s’est déjà répercutée ailleurs dans la région, principalement au Sud-Liban, et subsidiairement dans la mer Rouge. Au Sud-Liban, c’est une véritable guerre qui se mène, bien que son périmètre soit limité. Le Hezbollah l’appelle «le front de soutien», ou front d’appoint. Pour lui, se déroule aujourd’hui une seule guerre, mais sur deux fronts séparés de toute la longueur d’Israël. L’une, celle de Ghaza, en est le foyer principal, et l’autre, celle qui l’oppose directement à Israël, en est le foyer secondaire. Le Hezbollah conditionne tout arrêt des hostilités sur le front de soutien à leur arrêt à Ghaza, le front principal. Il a même été plus explicite encore : tout nouveau transfert de la population de Ghaza, que ce soit hors ou à l’intérieur de Ghaza, entraînera la fuite de deux millions d’Israéliens. Voilà qui montre assez que l’appellation de guerre à Ghaza est dépassée.

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