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dimanche 2 octobre 2022

La guerre au double visage

Aujourd’hui, quatorzième jour de la guerre que la Russie mène en Ukraine, non pas tant d’ailleurs contre celle-ci que contre l’Otan, qui n’est pas aux premières mais aux secondes lignes, on a une meilleure vision de ce qui se passe sur le terrain, toutefois pas au point de pouvoir dès à présent se projeter avec assurance dans le jour d’après. Cet exercice aurait pu être malgré tout possible, au regard du déséquilibre des forces en présence, qui reste aussi marqué, quoi qu’aient fait les Occidentaux pour y remédier, si en l’espèce il n’y avait pas deux guerres inextricablement mêlées, l’une effective et occupant le devant de la scène, et l’autre se préparant à passer au premier plan quand la première aura cessé. En deux semaines, bien des affrontements ont eu lieu, avec des succès divers de part et d’autre, bien des avancées et des reculs, mais dans l’ensemble, le cours de la guerre a été conforme à ce qu’on en attendait. On peut tout au plus trouver que les forces russes n’ont pas avancé suffisamment rapidement sur tel ou tel front, sur Kiev par exemple, mais en aucune façon qu’elles aient marqué le pas depuis le début, et encore moins qu’elles aient été contraintes de reculer vers les points d’où elles s’étaient lancées le 24 février dernier. Dans une guerre encore moins que dans le reste, les choses ne se passent pas comme prévu. Au départ le Pentagone était d’avis que la guerre était une affaire de quelques jours seulement.

Un propos qui n’a l’air d’être précis qu’en apparence. Quelques jours, en réalité cela peut renvoyer aussi bien à moins d’une semaine qu’à deux, trois, ou même à quatre semaines. Au-delà, ce n’est plus logiquement en jours qu’il convient de libeller ses pronostics mais en semaines. Bien qu’on ait tendance aujourd’hui à pointer la lenteur de l’avancée russe, pour la mettre sur le compte de la résistance ukrainienne, la réalité c’est que les Russes ont beaucoup fait pendant ces quatorze jours. Ils ne se sont pas encore emparés de Kiev, ni même encore entièrement de Kharkiv, pourtant pas si éloignée elle de leurs frontières, mais ils en sont maintenant à sa périphérie immédiate de plusieurs côtés à la fois, sans avoir à craindre en s’en approchant de plus près encore d’une attaque les prenant à revers, ni par terre ni par air, ni par un quelconque autre biais. Deux semaines employées à se prémunir contre toute contre-attaque d’importance, tout en s’assurant de la suprématie aérienne, ce n’est pas chèrement payé en termes de temps, si l’on peut dire. A ce rythme, Kiev ne devrait pas trop tarder à être pris. Si cela était accompli dans quelques jours, pour reprendre les estimations américaines, ce serait même un exploit de rapidité, s’agissant tout de même d’une ville de quelque trois millions d’habitants, qui plus est déterminée à se défendre. Or la bataille de Kiev, dont tout indique qu’elle est imminente, est décisive, même si d’autres villes seraient encore à conquérir ou à pacifier à sa suite. Le gouvernement ukrainien n’y serait plus dès lors qu’elle serait remportée par les Russes, il se serait transporté quelque part à l’étranger. Il se peut bien que la guerre ne soit pas terminée pour autant. Mais elle changerait alors de visage. Elle commencerait à prendre les traits de celle qui depuis le début se tient tapie derrière elle, prêt à bondir au premier plan.

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