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Alger
mardi 16 août 2022

La France et le Mali au bord de la rupture Suite de la page une

 

Le pouvoir à Bamako issu du coup d’Etat de mai 2021 a vu ses relations se dégrader grandement avec la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest dont son pays est membre, une fois qu’il lui eut fait savoir qu’il n’organiserait pas la présidentielle et les législatives de février prochain, comme il s’y était engagé. Pour la première fois, la Cédéao n’a pas fait que sanctionner politiquement un de ses membres, coupable de non respect de ses règles, en le suspendant de ses instances dans l’attente qu’il s’amende. Elle l’a en plus isolé économiquement, en fermant ses frontières avec lui, lui un pays enclavé, en gelant ses avoirs au niveau de la Banque centrale de l’organisation, en coupant les aides financières qu’elle lui apportait, lui un pays parmi les plus pauvres au monde. Des sanctions massives que Bamako a qualifiées d’inhumaines, et Alger d’inquiétantes, pour qui un report raisonnable des élections était quelque chose qui pouvait se justifier, au regard notamment des problèmes sécuritaires que connait ce pays. Mais Alger pense qu’un délai raisonnable se mesurerait en mois plutôt qu’en années. A ses yeux, une prolongation de 16 mois devrait suffire à l’armée malienne pour remettre de l’ordre dans le pays avant de rendre le pouvoir aux civils.

A l’évidence, ce n’est pas le temps dont Bamako estime avoir besoin pour créer les conditions d’élections suffisamment crédibles pour ne pas être suivies à brève échéance d’un nouveau coup d’Etat. Mais comme Alger, en plus de la Guinée, n’a pas fermé ses frontières, le pouvoir malien n’a pas cherché à débattre avec lui sur la question de la bonne durée que devrait avoir une transition réussie dans un pays assailli de toutes sortes de problèmes : sécuritaires, politiques et économiques. Il ne fait pas en revanche preuve de la même retenue à l’égard de la France, qui elle a applaudi aux sanctions de la Cédéao, et qui désormais ne désigne le pouvoir malien que sous le quolibet de junte illégitime. Seulement, il n’échappe à personne que si les relations de Bamako avec la France sont encore plus mauvaises que celles qu’il entretient pour le moment avec l’ensemble politique auquel il appartient, ce n’est pas pour les mêmes raisons. Ce que Paris n’a pas du tout aimé, ce n’est pas que l’échéance de février ne soit pas tenue, c’est la présence des mercenaires de Wagner, qui tend à croître au Mali, un pays dont son armée assure la défense contre les menaces djihadistes et indépendantistes depuis bientôt une décennie. La France aurait tout accepté sauf qu’on fasse venir des forces russes là où les siennes propres occupent déjà le terrain. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a rappelé récemment dans un entretien avec une chaîne française que le Mali était un Etat souverain ayant à ce titre le droit de faire appel à l’aide de ses amis, et qu’au nombre de ces derniers, la Russie occupait une place à part. Des paroles qui laissaient assez clairement entendre qu’il ne pouvait pas en dire autant de la France. Cette mésentente exacerbée entre les deux pays a déjà fait une victime innocente : le Danemark, invité par le Mali à rembarquer sa compagnie de forces spéciales, celle-ci à peine atterrie dans le pays pour intégrer la force Takuba, un dispositif mis en place par la France et composé de militaires venus de plusieurs pays européens. Comme par hasard, il en vient de pays voisins de la Russie, poussés à cela davantage par le désir de rendre la pareille à la France qui leur apporte son soutien face à l’ogre russe, que par le souci de lutter contre la menace djihadiste où qu’elle se trouve dans le monde.

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