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mardi 27 septembre 2022

La foi de Biden en l’Amérique

  Discours pour le moins inclassable que celui prononcé par Joe Biden, jeudi dernier, dans un lieu chargé d’histoire, là où autant dire sont nés les Etats-Unis : l’Independance Hall de Philadelphie, où fut proclamé l’indépendance des Etats-Unis et où fût rédigée puis adoptée leur Constitution. Insaisissable parce que double : banal discours de campagne de prime abord, les élections de mi-mandat n’étant plus qu’à deux mois de leur tenue, mais par ailleurs discours qui échoue à tourner en un appel à la mobilisation générale en vue de contrer un péril majeur imminent pesant sur la démocratie américaine — œuvre maîtresse de la « plus grande nation à la surface de la terre », c’est-à-dire de nation qui ait vu le jour depuis que le monde est monde. Ainsi parle Biden des Etats-Unis, comme d’un prodige toujours vivace. Aussi grand qu’il soit, ce danger serait toutefois celui que représente seulement une minorité républicaine emmenée par son prédécesseur Donald Trump, les républicains MAGA (les Make America Great Again) comme lui-même les désigne, minorité qui croit toujours qu’elle avait gagné la dernière présidentielle, que les démocrates avaient fraudé à cette occasion, et à une échelle défiant l’entendement. Il y aura bientôt deux ans, Biden a pris ses fonctions en mettant en garde ceux qui dans le monde avaient cru, sur la foi du 6-Janvier, que l’Amérique était finie, qu’elle était entrée dans un déclin irréversible. L’épreuve était passée, avait-il alors martelé, sur les marches du Capitole qui venait d’être violenté ; en la surmontant, l’Amérique avait du même coup selon lui apporté la preuve de sa résilience, de sa capacité à se sortir des pires difficultés qu’elle était à même de se susciter à elle-même. Or voilà qu’il s’avère que la crise non seulement est toujours à l’œuvre mais qu’elle s’est accrue, envenimée, qu’en somme elle est aujourd’hui plus affirmée et visible que lors de l’envahissement du Capitole. Une minorité dangereuse s’attaque à ce qui fait l’Amérique : la démocratie, l’acceptation des résultats des élections, lorsqu’on les perd, le rejet de la violence politique en toutes circonstances, la foi en la grandeur des Etats-Unis, et en leur avenir, d’autant que celui-ci serait aujourd’hui plus assuré qu’il ne l’avait jamais été par le passé. L’Amérique, poursuit Biden, est à son apogée. Il n’y a rien qu’elle ne puisse entreprendre et réussir, pas un de ses rêves qu’elle ne puisse réaliser, en restant unie, en conservant son identité, en gardant son leadership dans le monde. Mais l’Amérique est aujourd’hui menacée. Contraste pour le moins frappant que celui qu’il y a chez Biden entre sa gloire passée, présente et même à venir, et ce mal étrange qui s’est saisi d’elle récemment, qui la ronge de l’intérieur, comme un cancer, et qu’il n’est plus possible d’ignorer. Quel est-il en tout premier lieu, tel du moins qu’il ressort des propos de Biden? C’est avant tout le refus de reconnaître la défaite électorale, quelque chose qui n’existait pas avant que Trump ne l’introduise. La réalité, c’est qu’avant Trump et les républicains dans leur grande majorité ne contestent les résultats de l’élection 2020, les démocrates avaient tout fait pour délégitimer celle de Trump en 2016. Ce sont eux les démocrates qui ont ouvert la boîte de pandore en refusant de voir en Trump un président élu comme un autre. Pendant quatre années, ils ont soutenu mordicus qu’il devait son élection à l’interférence des Russes dans le processus électoral. Ils ont même cherché à le destituer dans les formes sous ce motif. S’ils n’y sont pas parvenus, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Ce sont eux les démocrates qui par leur rejet de l’élection de Trump ont créé la crise qui maintenant travaille les Etats-Unis, et menace de les emporter eux dès novembre prochain.

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