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samedi 24 février 2024

La fable grossière

Au train où la tuerie reprend ses droits à Ghaza, il est peu probable que la promesse faite par les Israéliens aux Américains, comme quoi ils tueraient au cours de la deuxième phase de la guerre moins de civils palestiniens que lors de la première, soit tenue. Les hostilités ont repris vendredi à la première heure, cependant on compte déjà 200 morts et près de 600 blessés, dont, comme toujours, beaucoup de femmes et d’enfants. Ce qui se passe à Ghaza, vient de déclarer le président brésilien Silva da Lula, n’est pas une guerre au sens traditionnel de ce terme, mais un génocide. Il n’est pas le seul parmi les personnalités de premier plan dans le monde à avoir fait ce constat. Dans une seule partie du monde, le mot de génocide n’a pas été prononcé. C’est en Occident, où l’accent a été plutôt mis sur le droit d’Israël à se défendre, c’est-à-dire à tuer autant de Palestiniens qu’il le jugerait utile pour sa sécurité. Cela, il est vrai, c’était surtout au début de la guerre, car maintenant même en Occident le sentiment domine qu’Israël a abusé du droit de légitime défense, même si les dirigeants occidentaux n’osent encore lui en faire le reproche, à l’exception notable de ceux d’Espagne et de Belgique.

Pendant la première phase de la guerre, Israël a détruit 60% de Ghaza et tué plus de 15 000 de ses habitants, sans parler des blessés et estropiés qui eux aussi se comptent par milliers. Lorsqu’Antony Blinken était à Tel-Aviv, la veille de la fin de la trêve, et que les médias israéliens et américains nous faisaient croire que le torchon brûlait entre lui et ses hôtes, en fait ils parlaient calmement, posément, froidement chiffres. L’accord auquel vraisemblablement ils étaient alors parvenus, c’est que les Israéliens auraient le droit de tuer moins que lors de la première phase et de détruire moins également mais qu’ils avaient néanmoins encore de la marge. Encore une fois, on s’était laissé par excès de spontanéité à leur prêter le calcul le moins sordide, non sans avoir conscience qu’on se tromperait ce faisant. Même à cette heure Israéliens et Américains continuent encore de faire semblant de nourrir de divergences entre eux, de ne pas former une seule armée engagée dans un même génocide. Ainsi de l’espèce de zone d’exclusion autour de la bande de Ghaza qu’Israël se propose maintenant de mettre en place une fois qu’il en aura fini avec le Hamas. Seulement voilà : les Américains ne sont pas d’accord, ils s’opposeraient à tout projet qui aurait pour effet de réduire la superficie habitable de Ghaza, elle qui déjà n’est pas très grande. Le premier média américain, celui qui souvent donnent le ton aux autres, «Le New York Times», a prétendu ces dernières heures être en possession d’un document top secret israélien de 22 pages établi en 2022, intitulé «Les Murs de Jéricho», dans lequel serait décrite étape par étape l’attaque du 7 octobre menée par le Hamas. Les responsables israéliens en auraient pris connaissance, mais sans le prendre au sérieux, considérant que le plan qu’il comportait n’était pas dans les cordes du Hamas. Tous les médias du monde, ou quasiment, ont fait état de cette fable grossière comme si elle était vraisemblable, alors même qu’elle est pure invention, qui plus est d’inspiration raciste. Dans l’esprit de ses auteurs, ce qui est insupportable au premier chef, c’est que ce soit des Palestiniens qui ont planifié et exécuté une opération ayant mis en déroute l’armée israélienne, l’une des meilleures au monde. Elle n’aurait pu germer que dans des têtes bien mieux faites, c’est-à-dire des têtes israéliennes. Ensuite, par on ne sait quel biais, le document est tombé entre les mains du Hamas.

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