15.9 C
Alger
lundi 20 mai 2024

La chanson kabyle perd en lui l’un de ses monuments: Décès de Cherif Hamani

Le chanteur d’expression kabyle Cherif Hamani est décédé vendredi en France à l’âge de 67 ans, des suites d’une lourde maladie, a annoncé sa famille dans un communiqué. «C’est avec une profonde tristesse que nous annonçons le décès de notre père bien-aimé, l’artiste Cherif Hamani. Il quitte ce monde ce 20 octobre 2023», a précisé la même source.

Par Hamid Messir
«En tant que famille, nous tenons à exprimer notre gratitude à tous ceux qui nous ont témoigné leur soutien et leur affection depuis l’annonce de son décès. Vos mots réconfortants et vos pensées bienveillantes nous aident à traverser cette épreuve difficile», conclut le communiqué. Pour tous ceux et celles qui désirent rendre un dernier hommage à l’artiste, une cérémonie de recueillement et d’hommage aura lieu à l’hôpital Avicenne à Bobigny (Paris) ce dimanche 22 octobre (hier, ndlr) de 13h à 14h (heure française). S’agissant de la date et l’heure de la levée du corps, elles seront communiquées ultérieurement par la famille.

Biographie
Cherif Hamani est né au printemps 1956 au village Tagragra, dans la commune d’Aït Mahmoud (daïra de Béni-Douala, 25 km au sud de Tizi Ouzou). Fréquentant le Conservatoire d’Alger durant les années 1972 et 1973, il a appris le langage du solfège et rencontré de grands noms de la chanson kabyle et kabyle chaabi, d’où cette influence dans ses œuvres. Sa première apparition en publique dans le milieu artistique a été sa participation à l’émission de la Chaîne 2 de la Radio nationale d’expression kabyle, animée par le duo Mohamed Belhanafi et Acherouf Yidir, consacrée aux jeunes talents. Cherif Hamani faisait partie des orchestres de Taleb Rabah, El-Hasnaoui Amechtouh, Lounès Matoub et tant d’autres chanteurs de renom. Il a sorti son premier album en 1979. En 1980, il a accompagné en tant que musicien Lounès Matoub lors de sa première tournée. Cherif Hamani a animé son premier concert en 1981, à la Maison de la culture de Tizi Ouzou. Il est l’auteur de pas moins de 13 albums, après une carrière artistique de plus de 40 années, marquée par son retrait temporaire durant la période 2006-2014 pour plusieurs raisons, sauf pour «inspiration et la muse», comme il l’avait confié à son retour sur la scène artistique en 2014 avec la sortie de l’album «Yur-k Ayul» (ô cœur, attention !). Vivant en France depuis plusieurs années, il exerçait parallèlement son métier de comptable. Cherif Hamani a continué à monter sur scène, notamment en France et à l’occasion des concerts animés par des chanteurs, dont le plus récent remonte à février dernier aux 40 ans de carrière du chanteur Hacène Ahres, au Cabaret sauvage. En Algérie, l’auteur de «Thala» a eu droit en juin dernier à un bel hommage à la radio de Tizi Ouzou, en interprétant en direct plusieurs chansons de son riche répertoire pendant plus de deux heures malgré le poids de la maladie. Cherif Hamani demeure un chanteur et un musicien exceptionnel pour avoir réussi «harmonieusement le folklore kabyle au chaâbi algérois, engendrant ainsi des mélodies suaves», de l’avis des spécialistes de la chanson kabyle. Il était aussi un grand poète au «verbe riche et impressionnant», en puisant «dans le kabyle ancien» et «faisait découvrir à chaque fois des mots et des expressions menacés de disparition». A travers ses œuvres artistiques, Cherif Hamani abordait plusieurs thématiques en relation avec la société, notamment la vie dure en montagne, l’amour, la déchéance, la nostalgie et dénonçait «les impostures, les abus de pouvoir et les crimes organisés». Il laisse derrière lui un riche répertoire de chansons que ni son absence ni son retrait de la scène artistique et encore moins sa disparition précoce n’effaceront. «Ayen bghigh» (Cèe que je veux), «Athala» (La source), «El badna n’emmi» (Le secret de mon fils), «Urdasaqar gighkem» (Ne dis pas que je t’ai abandonnée), «Lemer ufigh» (Si je trouve), «Alayessekar» (Il se saoule), «A tezmegh» (Je me remets en cause) et d’autres albums ont fait de lui un artiste au rang de monument de la chanson kabyle. Malgré sa lourde maladie, Chérif Hamani a même repris une œuvre de Mehenni Amroun «Ad Nebnuur» (Nous allons construire un mur) avec la jeune chanteuse Taous Arhab. Une reprise sous forme d’un clip sorti en 2022 qui a battu des records sur le Web.

H. M.

Article récent

--Pub--spot_img

Articles de la catégorie

- Advertisement -spot_img