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jeudi 30 juin 2022

Kella, roman de Ayer Mimoun: La discrète flamboyance d’une artiste à part

C’est un roman de découvertes que nous propose Ayer Mimoun avec «Kella», publié chez Casbah éditions. Découverte de personnages qui gravitent autour du principal, l’artiste Kella et découverte de paysages, ceux du Grand Sud, du lieudit Tit, du Tassili ou encore de New York que l’on regarde avec les yeux de deux Touareg, avec des haltes en Espagne et à Alger, l’artiste susnommée et le guide Afa.

Par Nadjib Stambouli

Kella aurait pu continuer à végéter dans son village perdu de Tit, si le hasard n’avait mis sur le chemin de sa mère Takamat, plus précisément en bordure de route où elle vend des œuvres de sa fille comme d’autres le font avec du pain «matlou’e», un couple d’Américains, férus de grands espaces et de belles œuvres d’art. Invités dans le domicile de Takamat, ils y font connaissance, subjugués par sa beauté, de Kella et surtout de son talent de peintre et de son art, que l’on imagine naïf, même si l’auteur aura omis, peut-être sous le sceau du mystère ambiant, de nous présenter le moindre contenu de tableau.
Le couple de touristes Ellis, le mari étant photographe, ne s’arrête pas à la contemplation stérile, mais tient à fertiliser son admiration en invitant l’artiste à exposer à… New York. du coin perdu de Tit à la capitale de la planète Terre, d’une existence au jour le jour en vivant du strict minimum pour survivre au contact avec un public de connaisseurs et d’un critique renommé, dans une galerie ayant pignon sur rue, la vie de Kella aurait pu être bouleversée intégralement, et elle a failli l’être.
La présence à ses côtés, tout au long du séjour américain, du guide Afa, amoureux qui ne parviendra jamais à déclarer sa flamme, aurait pu également changer le cours sentimental de Kella, mais au moment de l’option, le poids de la société
s’avèrera plus puissant que la pulsion d’artiste, censée être porteuse de choix de modernité.
Le roman, où l’on suit Kella d’une escale à l’autre où sa beauté presque irréelle attire au moins autant que ses créations artistiques, se passe d’intrigue au sens classique du terme, si ce n’est de partager tout au long du récit l’étonnement de Kella devant ce qui lui arrive.
La greffe d’une personne extraite de son milieu naturel, celui du désert, des grands espaces et de la lenteur pour way-of-life, avec l’univers trépidants d’une ville qui turbine au rythme de la post-modernité prendra-telle ? C’est à cette question, en somme philosophique, que répond ce roman où l’on fait connaissance avec un personnage à part entière mais qui ne dit pas son nom, celui du style de Ayer Mimoun.
C’est une manière d’écrire encore plus visible par rapport à ce qu’on a déjà de lui, qui s’apparente à la chronique et à ses exercices de style.
On trouve tous les ingrédients de ce mode d’écriture, avec jeux de mots, références (peut-être un trop) à des personnalités réelles et usage d’un français parfaitement maîtrisé mais qui peut paraître aux yeux de certains quelque peu abscons et désuet, notamment avec le subjonctif et des tournures de phrase qui n’auraient pas déparé dans un salon littéraire aristocratique du dix-huitième siècle.
D’autres lecteurs, moins réfractaires aux audaces d’écriture, y trouveront au contraire un charme particulier et une originalité de ton qui vaut le détour.
Ce sont là autant de raisons, les unes favorables, les autres qui le sont moins, qui devraient inciter à la lecture de ce roman attachant, au moins autant que l’est Kella, personnage principal, flamboyant et beauté et rayonnant de discrétion, mais aussi de talent et d’amour pour sa maman et son village, à la fois matrices et ports d’attache.
N. S.

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