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dimanche 2 octobre 2022

Irréprochable

Ayant fait campagne en 2017 sur la République irréprochable comme François Hollande avant lui, le président français, tout comme son prédécesseur à l’Élysée, se retrouve aujourd’hui avec plus d’une quinzaine de ministre mis en cause dans diverses affaires judiciaires. Cette semaine c’est le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, qui a été brièvement entendu par les magistrats de la Cour de justice de la République qui l’ont mis en examen l’été 2021 pour des soupçons de conflits d’intérêts. Il est soupçonné d’avoir profité de sa fonction pour régler des comptes avec des magistrats avec lesquels il avait eu maille à partir quand il était avocat dans deux dossiers. Lors d’une première audition sur le fond le 3 mars, Éric Dupond-Moretti avait refusé de répondre aux questions des magistrats de la commission d’instruction de la CJR. La CJR est la seule juridiction habilitée à poursuivre et juger des ministres pour des infractions commises dans l’exercice de leurs fonctions. Devant ces magistrats, le garde des Sceaux avait lu une déclaration dans laquelle il légitimait son choix. «Tout, dans la conduite de votre information, démontre en effet votre détermination non pas à faire la vérité sur des allégations que vous avez d’emblée tenues pour acquises, mais à salir la réputation d’un ancien avocat dont vous alimentez le seul procès qui vous intéresse, celui de son illégitimité à occuper les fonctions de garde des Sceaux», justifiait-il. Chantal Arens, la présidente de la Cour de cassation, avait «regretté fortement» ces propos et «rappelé» ensuite le garde des Sceaux à son rôle de «garant de l’indépendance de la justice». Éric Dupond-Moretti avait déjà été entendu le 16 juillet 2021 pendant près de six heures par les trois juges de la commission d’instruction de la CJR, qui l’avaient mis en examen pour «prise illégale d’intérêts», une première pour un garde des Sceaux en exercice. Éric Dupond-Moretti, nommé ministre de la Justice en juillet 2020, était visé par des plaintes de syndicats de magistrats et de l’association anticorruption Anticor, dénonçant deux situations de conflits d’intérêts depuis son arrivée à la Chancellerie. La CJR a ouvert une information judiciaire en janvier 2021. Le premier dossier concerne l’enquête administrative qu’il a ordonnée en septembre 2020 contre trois magistrats du parquet national financier (PNF) qui avaient fait éplucher ses factures téléphoniques détaillées quand il était encore une star des prétoires. C’est sur ce dossier qu’il aurait dû être interrogé le 3 mars, selon une source proche du dossier. Dans l’autre, il lui est reproché d’avoir diligenté des poursuites administratives contre un ancien juge d’instruction détaché à Monaco, Édouard Levrault, qui avait mis en examen un de ses ex-clients et dont il avait critiqué les méthodes de «cow-boy». C’était l’objet de l’audition d’hier, selon la même source proche. Éric Dupond-Moretti a toujours martelé qu’il n’avait fait que «suivre les recommandations» de son administration. Ainsi, même à moins de deux semaines du premier tour de la présidentielle, dans lequel le président Macron joue sa réélection, les affaires judiciaires continuent à suivre ses ministres. Mettre d’autant plus en lumière le gap qu’il y a entre les promesses de campagne et la réalité, alors que l’Élysée a toujours choisi depuis cinq ans de soutenir ses ministres mis en cause plutôt que de les écarter de la vie publique comme le candidat Macron avait pourtant promis de le faire en 2017.

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