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samedi 24 février 2024

Immersion au sein de l’Entreprise nationale de géophysique: Les «échographistes» des hydrocarbures

Nous avons le plaisir de vous livrer le premier dossier, comprenant un reportage et un entretien, de la série «Février de l’Energie».
Première initiative du genre dans l’histoire de la presse nationale, votre quotidien «Le Jour d’Algérie» vous annonce que le mois de février sera placé sous la bannière de l’Energie. Dans une série d’articles consacrés au thème des hydrocarbures et autres formes d’énergie, il vous sera proposé un bouquet de reportages et d’entretiens, confectionnés par une équipe de journalistes spécialement dépêchée sur les lieux, tant dans le sud que dans le nord du pays. Le lecteur sera convié tout au long de ce mois, à intervalles réguliers de parution, à apprécier un travail de fond, fait d’analyses et diagnostics élaborés par des experts rencontrés au sein des entreprises du secteur et dans les espaces de production.

Immersion au sein de l’Entreprise nationale de géophysique
Les «échographistes» des hydrocarbures
Véritables explorateurs de nouveaux territoires, les employés de l’Entreprise nationale de géophysique arpentent le Sahara à la recherche de gisements d’hydrocarbures.

Par Mehdi Mourad

Voir ce qui est caché au plus profond de la terre. C’est la mission des ingénieurs et des techniciens de l’Entreprise nationale de géophysique (Enageo). Ils sont géologues, géophysiciens, topographes et informaticiens et c’est grâce à leurs connaissances que commence toute initiative de recherche d’hydrocarbures. Filiale du groupe Sonatrach, l’Enageo est donc à la disposition de la compagnie nationale. Elle intervient dès qu’un périmètre est identifié par les services de l’Activité Amont de la Sonatrach. Véritables pionniers des temps modernes, ses équipes s’engagent dans les endroits les plus reculés du pays – souvent dans des lieux où l’être humain moderne n’a jamais mis les pieds – pour poser leurs matériels ultrasophistiqués. Rencontré au siège de l’Enageo à Hassi-Messaoud, Foudil Babaya, directeur technique, parle avec passion de son métier. «Nous agissons comme un médecin radiologue spécialiste en échographie. Le médecin passe la sonde à ultrasons sur le corps et la machine transforme le signal ainsi réfléchi par les organes en images vidéo. Notre travail est identique, sauf que nous utilisons des camions vibreurs pour injecter des ondes sismiques dans le sous-sol et des capteurs reliés à des câbles en fibre optique. Ce dispositif recueille les informations, puis des logiciels les transforment en images qui permettent de savoir s’il y a bien des hydrocarbures dans un périmètre donné», explique-t-il calmement. Mais si un médecin intervient sur quelques centimètres carrés, le champ d’intervention du personnel de l’Enageo peut atteindre des milliers de kilomètres.

Camp sismique
La recherche d’hydrocarbures est avant tout une question d’organisation et de logistique. Lorsqu’une équipe part en mission en plein désert, il est nécessaire de mettre à sa disposition tous les moyens pour travailler durant plusieurs mois dans des conditions de sécurité et de confort optimales. La première étape d’une campagne de prospection sismique consiste donc à installer le camp, un véritable village composé de roulottes et de tentes qui peut accueillir 600 âmes. «L’opération commence par une phase de reconnaissance du terrain qui est assurée par le manager du projet, un topographe et un responsable HSE (hygiène-sécurité-environnement). Généralement, le camp est installé au centre du périmètre pour optimiser les déplacements. L’installation de toutes les commodités peut prendre un à deux mois, elle débute dès les premières activités de relevés sismiques», souligne Brahim Mehidi, directeur de la logistique de l’Enageo. Une campagne sismique nécessite l’intervention d’une vingtaine de corps de métiers : informaticiens, topographes, chauffeurs, manœuvres poseurs de câbles, équipes de catering et d’hôtellerie, gardiennage, équipe médicale, informaticiens, techniciens de maintenances, mécaniciens… «Le camp sismique est composé d’espaces de travail, de repos, de restauration et de loisirs. Nous avons même un accès à internet et aux communications téléphonies grâce au satellite. Tous ces moyens nous permettent d’opérer dans des lieux isolés. Bien sûr, les conditions de travail sont extrêmes car nous intervenons au cœur du Sahara», note le directeur de la logistique.

Un câble de 500 km
Le camp exige aussi l’intervention d’une centaine de véhicules et d’engins de différentes catégories pour assurer différentes tâches : transport des équipes, ravitaillement en eau, en vivres et en carburant. «Il est parfois nécessaire d’avoir une trentaine de bulldozers pour ouvrir des pistes à travers les dunes», ajoute Brahim Mehidi. Mais la star du parc d’engins de l’Enageo c’est le camion vibreur AHV-IV. De marque hollandaise, ce monstre de 28 tonnes, monté sur des pneus surdimensionnés, a la capacité de produire des ondes sismiques grâce à un dispositif rétractable. On ressent la terre trembler légèrement lorsque les camions vibreurs entrent en action. Après avoir roulé une vingtaine de mètres, les conducteurs s’arrêtent et font vibrer le sol, puis redémarrent pour répéter la même opération.
Mais avant l’intervention de ces engins, il est nécessaire de procéder à la pause des câbles en fibre optique et ses capteurs de vibrations. La première étape consiste à identifier les points de pose. Cette opération est assurée par des équipes de topographes. «Il est important de couvrir tout le périmètre. Les topographes doivent respecter les consignes de la Sonatrach au centimètre près. Pour cela, ils utilisent deux stations de GPS, une station de référence fixe et une station mobile. Les points sont ensuite déterminés grâce à des fanions de couleur jaune», explique Fodil Babaya.
La configuration du quadrillage diffère selon la technique utilisée, selon que ce soit en 2 dimensions ou en 3 dimensions. Puis vient le tour des équipes de manœuvres chargés de la pose des câbles. Ils sont tenus de brancher un capteur devant chaque fanion. Un travail laborieux, notamment durant les fortes chaleurs et le mois de ramadhan, car il s’effectue à pied. «Sur le terrain, la moyenne en matière de pose est de 30 000 à 40 000 capteurs pour le 2D. Pour la nouvelle technologie 3D, il faut environ 100 000 capteurs. Les capteurs sont ultrasensibles, ils utilisent la même technologie que ceux des plus récents smartphones», précise le directeur technique. Fodil Babaya ne manque pas de rappeler le travail des équipesde l’Enageo lors d’une campagne sismique 2D effectuée au nord du Mali, lorsqu’elles ont posé un câble de 500 kilomètres de long dans le bassin de Taoudeni, soit l’équivalent de la distance qui sépare Alger d’Annaba !

Vitesse grand V
Une fois la pose achevée, l’opération d’acquisition sismique peut débuter. Les camions vibreurs injectent des vibrations à basses fréquences. Les ondes pénètrent dans le sous-sol puis sont enregistrées par les capteurs en revenant vers la surface. Toute l’opération est conduite par le camion laboratoire d’enregistrement où sont installés des opérateurs face à des écrans de contrôle. «Le rôle des opérateurs du laboratoire d’enregistrement consiste à contrôler et gérer les équipes qui sont sur le terrain. A titre indicatif, les équipements de vibration montés sur les camions sont contrôlés et actionnés à distance par les opérateurs du camion-laboratoire. Il est impératif que les vibrations se déroulent en même temps. Les conducteurs, qui sont en relation avec le labo via une radio HF, doivent se concentrer sur la conduite. L’état mécanique des camions-vibreurs est lui aussi contrôlé à distance par le laboratoire d’enregistrement», note Brahim Bouchareb, superviseur instruments, chargé du pilotage des opérations d’acquisitions des données sismiques sur le terrain. L’ingénieur est fier de présenter le tout nouveau système Sercel 508XTqui équipe ce laboratoire mobile : «La technologie permet aujourd’hui de collecter les données sismiques à la vitesse de 0,002 seconde, une performance qui facilite le travail sur le terrain». Acquis récemment par l’Enageo, ce système permettra d’augmenter la qualité des prestations de l’entreprise et, par là-même, les capacités de recherche d’hydrocarbures de la Sonatrach. Après la phase d’acquisition, intervient celle de prétraitement qui s’effectue dans le camion-laboratoire ou dans le camp sismique. «L’objectif de ce travail consiste à transformer les données en coupe sismique», indique Brahim Bouchareb. Toutes les informations sont ensuite enregistrées sur des bandes magnétiques de haute technologie, dont le boitier est semblable à un disque dur. L’avantage de ces bandes magnétiques est qu’elles permettent de stocker les données durant 25 ans. Ces boîtes renferment la mémoire du patrimoine minier du pays, et l’Enageo en est la gardienne. Il est cependant nécessaire d’établir une véritable image plus précise suite au traitement préliminaire. Les bandes magnétiques sont acheminées vers le centre de calcul de l’Enageo, situé à Boumerdès. Sur place, les ingénieurs procèdent à l’établissement d’une cartographie tridimensionnelle qui permettra de déterminer le potentiel du périmètre désigné par la Sonatrach. Et nous en sommes là qu’au début d’un long processus avant que la première goutte de pétrole et le premier jet de gaz ne sortent à la surface…

M. M.

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