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dimanche 18 avril 2021

Il s’en est allé fin janvier Michel: Le Bris, écrivain et détonnant voyageur

Boulimique d’embruns et de lecture durant son enfance à Morlaix, directeur de «La Cause du peuple», compagnon de Sartre en Mai 68, il avait participé à la fondation du journal «Libération». Avant de créer le festival littéraire Étonnants Voyageurs, en 1990. L’aventure de sa vie. L’auteur de «L’Homme aux semelles de vent» est mort dans la nuit du 29 au 30 janvier, à 76 ans.
Il en aimait des choses ce géant aux yeux doux, ce voyageur aux mille vies. Il avait titré son dernier ouvrage, paru en 2019, «Pour l’amour des livres», façon de dire que la lecture est une nécessité vitale, un engagement aussi. Il fallait le voir débarquer dans une librairie ou une bibliothèque, l’œil panoramique, brillant et malicieux, comme un enfant devant un cadeau. Il ne passait pas inaperçu, reprenant une éternelle conversation avec les romanciers et les poètes. Le genre d’homme qu’on ne peut jamais interrompre !
Mais c’est au bord de la mer que Michel Le Bris, qui vient de mourir à 76 ans, était vraiment lui-même, dans le rugissement du vent sur la baie de Morlaix. «Je suis né là», disait-il, entre deux villages, en 1944, élevé par une mère généreuse et modeste, dans une maison pauvre qui sentait l’humidité. Mais à 10 ans, l’enfant renfermé découvrit la bibliothèque verte et se rendit compte qu’il ne serait plus jamais seul. Grâce à son instituteur, à qui il ne cessera de rendre hommage, le petit Michel lisait tout, dans le plus grand désordre, de Stevenson à Melville, de London à Hugo, bouleversé par ce pouvoir de la littérature, celle qui «rend habitable le monde».

Tout feu tout flamme dans la révolution de Mai 68
Puis, le petit garçon grandit, s’engage dans de longues études, loin de chez lui, déployant sa gourmandise, de la musique à la littérature américaine, de la poésie à l’écriture. Mai 68 va bouleverser l’étudiant provincial qui se fiche bien de son diplôme d’HEC. La révolution lui fait oublier l’ordinaire des jours, le monde ancien.
Militant politique d’extrême gauche, il quitte la gauche prolétarienne après avoir purgé huit mois de prison pour avoir dirigé le journal du mouvement, «La Cause du peuple». Mais Michel Le Bris n’oubliera pas de sitôt les années avec Sartre, Foucault, Clavel ou Glucksmann, la fondation du journal «Libération», la radio, la télévision… Et surtout la littérature, sa meilleure alliée, sa plus belle griserie quand il écrit «L’Homme aux semelles de vent» en 1977, ou «La Beauté du monde» en 2008.

«Étonnants Voyageurs», une ode à la littérature et à la liberté
«Je sais d’où je viens», disait souvent Michel Le Bris, évoquant la «philosophie de la liberté». C’est ainsi que naquit, en 1990, le festival Étonnants Voyageurs entouré de ses complices, Maëtte Chantrel, Christian Rolland, Brigitte Morin, Jean-Claude Izzo. Un moment d’ouverture sur la culture comme une déclaration d’amour éternel à la littérature.
Michel Le Bris aimait le free jazz, les poètes, les histoires de flibustiers. Il fut éditeur et fit lire à de nouvelles générations tout Stevenson avant de les faire voyager partout. Pour une littérature-monde, affirmait-il dans un manifeste réunissant quarante-quatre écrivains venus de tous les horizons. Et ce n’était pas une promesse en l’air.
Chaque week-end de Pentecôte, on savait qu’il serait partout dans Saint-Malo, auteur, animateur, rêveur. Il commençait à raconter une histoire, évoquant Guillevic, Chatwin ou Paul Theroux, et c’était déjà la fin de la nuit.
Christine Ferniot

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