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samedi 10 décembre 2022

Hydrocarbures

Si l’Allemagne se présente depuis le début de la guerre en Ukraine comme l’un des plus grands soutiens de Kiev, malgré son énorme dépendance au gaz russe, visiblement toute la classe politique germanique ne partage pas le point de vue du gouvernement dans ce dossier. En effet, le président du parti conservateur allemand CDU, Friedrich Merz, s’est attiré cette semaine de nombreuses critiques après avoir dénoncé un supposé «tourisme social» des réfugiés ukrainiens qui ont fui leur pays face à l’invasion russe. Face au tollé, le chef de file de l’opposition allemande s’est excusé hier matin pour ces propos qui concernaient, selon lui, «exclusivement le manque d’enregistrement des réfugiés». La veille, dans le quotidien «Bild», il avait exprimé sa «grande inquiétude que la décision du gouvernement de passer du système d’indemnisation des demandeurs d’asile au système de versement de l’allocation-chômage entraîne des perturbations considérables». Selon le président de la CDU, qui vise la chancellerie en 2025, «nous assistons aujourd’hui à un tourisme social de ces réfugiés vers l’Allemagne, dont un grand nombre profite de ce système». Il avait notamment accusé des Ukrainiens de faire des allers-retours entre l’Ukraine et l’Allemagne pour toucher des aides. «Nous avons là un problème qui s’aggrave», a mis en garde Friedrich Merz, dont le parti est en tête des sondages devant les Verts et le SPD d’Olaf Scholz. Près d’un million de réfugiés fuyant l’Ukraine après l’invasion russe débutée il y a sept mois ont été enregistrés en Allemagne, même si «un nombre considérable d’entre eux n’est pas resté dans le pays», avait indiqué le 23 août le ministère de l’Intérieur. Ces déclarations ont suscité des critiques, en particulier au sein du gouvernement. «Faire du buzz sur le dos des femmes et des enfants ukrainiens qui ont fui les bombes et les chars de Poutine est minable», a ainsi asséné sur le site de «Bild» la ministre de l’Intérieur, Nancy Faeser. «Si des personnes font la navette entre l’Allemagne et l’Ukraine, parfois au péril de leur vie, ce n’est pas du tourisme social. Peut-être s’agit-il simplement d’inquiétude pour des proches, un mari ou un père, ou pour sa propre patrie ?», a abondé sur Twitter le ministre de la Justice, Marco Buschmann. «Les propos sur le tourisme social détruisent la cohésion que nous avions jusqu’à présent dans le soutien à l’Ukraine et l’accueil des réfugiés. Ceux qui tiennent de tels propos ont un sens des responsabilités et une empathie nuls», a de son côté regretté le président de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, Michael Roth. Le quotidien populaire «Bild» a lui accusé Friedrich Merz de «populisme sur le dos des plus faibles» à quelques jours d’une élection régionale. Il est vrai, néanmoins, que l’Allemagne est depuis le début de la crise ukrainienne dans une position des plus inconfortables du fait de son besoin énergétique comblé essentiellement de la Russie. Récemment encore, Vladimir Poutine menaçait les Européens de couper le gaz. Une menace prise très au sérieux et qui inquiète surtout ceux qui, à l’arrivée de l’hiver, ont un besoin incontournable des hydrocarbures fournies par Moscou. Une partie de l’opinion allemande pourrait-elle être tentée d’encourager ses dirigeants à se montrer moins hostiles face au Kremlin, ou les Allemands supporteront-ils sans broncher les conséquences de leur politique internationale ?

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