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mardi 23 avril 2024

Hostilités

Si le début de mandat de Donald Trump à la Maison-Blanche avait été difficile pour les relations américano-turques, du fait du «muslim ban» ou de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale officielle de l’État d’Israël, le président républicain avait par la suite gagné l’amitié de Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier regrette d’autant plus la nouvelle administration américaine depuis quelques semaines et n’hésite pas aujourd’hui à attaquer le nouvel occupant de la Maison-Blanche qu’il accuse d’avoir «les mains ensanglantées» en raison de son soutien à Israël au moment où l’État hébreu mène des frappes dans la bande de Ghaza. «Vous écrivez l’Histoire avec des mains ensanglantées», a déclaré Erdogan à l’adresse de Joe Biden, reprochant notamment à son administration l’approbation de nouvelles ventes d’armes à Israël «qui mène des attaques disproportionnées contre la bande de Ghaza». «Les territoires palestiniens sont victimes de persécutions, de souffrances et le sang y coule, comme c’est le cas de nombreuses autres régions qui ont perdu la paix avec la fin de l’Empire ottoman. Et vous soutenez cela», a ajouté le président turc en interpellant son homologue américain. Erdogan s’en est aussi violemment pris à Israël. «Ce sont des meurtriers, à tel point qu’ils tuent des enfants âgés de cinq ou six ans. Il n’y a que sucer le sang qui les assouvit», a-t-il dit. Les hostilités à Ghaza ont éclaté le 10 mai avec un barrage de roquettes tirées par le mouvement palestinien Hamas sur Israël, après que des centaines de manifestants palestiniens ont été blessés dans des heurts avec la police israélienne à Jérusalem-Est occupée. À l’origine des manifestations, la menace d’expulsion forcée de familles palestiniennes au profit de colons israéliens. Depuis le début de ces hostilités le 10 mai, 200 personnes ont été tuées dans la bande de Ghaza, dont au moins 59 enfants, et plus de 1 300 blessées. Côté israélien, dix personnes ont été tuées, dont un enfant, et 294 blessées après des tirs de roquettes et de missiles à partir de la bande de Ghaza. Le chef d’État turc multiplie depuis plusieurs jours les entretiens avec des dirigeants et dignitaires étrangers pour tenter de faire cesser les bombardements israéliens. Face aux violents affrontements entre le Hamas et Israël, Joe Biden a maintenu le soutien traditionnel des Américains au droit de l’État hébreu «à se défendre». Dans son discours, le président turc a par ailleurs proposé la mise en place d’une commission «regroupant des représentants des trois religions (islam, judaïsme et christianisme) pour administrer Jérusalem», dont la partie orientale occupée par Israël depuis 1967 abrite des lieux saints pour les fidèles de ces croyances. Reste à voir si la position d’Erdogan et de tous ceux qui s’inquiètent du sort réservé aujourd’hui aux Palestiniens aura la moindre influence sur la ligne de la Maison-Blanche relative à la crise qui secoue le Proche-Orient depuis deux semaines et qui a fait déjà des centaines de victimes palestiniennes sans que l’administration Biden ne dévie de son discours pour appeler Israël à la retenue. Une position d’autant plus délicate qu’au sein même du Parti démocrate le courant pro-palestinien prend de l’ampleur et risque de mettre en difficulté Joe Biden, qui, ne sachant visiblement pas comment gérer la situation, se repose sur la position traditionnellement pro-israélienne de Washington. Mais pour combien de temps ?
F. M.

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