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vendredi 12 août 2022

Histoire et patrimoine: Appropriation et détournement de l’héritage culturel algérien

Des tentatives d’appropriation, de la part de pays tiers, du patrimoine culturel de l’Algérie, ont pris des allures accélérées ces derniers temps, tournant souvent à de vives polémiques sur les réseaux sociaux. Du couscous, héritage commun de l’ancienne Numidie, à la musique Raï, née dans l’ouest algérien, en passant par le chaâbi et le «karakou» algérois, la liste des biens culturels immatériels, dont la paternité est disputée à l’Algérie, ne cesse de s’allonger pour intégrer à chaque fois de nouveaux éléments de son vaste patrimoine.

Par Abla Selles

Si des richesses comme la datte (Deglet Nour) et l’huile d’olive locale sont souvent revendiquées par des tiers qui s’approprient également l’aura de Saint-Augustin dans le cadre du tourisme cultuel, des individus sont passés à une vitesse supérieure en s’adjugeant tout ce qui peut représenter un intérêt particulier, et ce, au mépris de la vérité historique. «J’ai même entendu dans un marché de Rabat, un commerçant décliner à des touristes étrangers la Croix du Sud comme étant l’œuvre d’artisans touareg du Maroc, sachant que ces derniers n’existent pas au Maroc», témoigne Salwa qui a séjourné dans ce pays. Mais c’est sur la Toile que l’on prend la pleine mesure de cette «bataille» maghrébine autour du patrimoine, les commentaires virant aux attaques «vénéneuses», au mépris de la bienséance et de la courtoisie. «Il a suffi que je dise que l’argan existe en Algérie pour que ma page Facebook soit bloquée», témoigne une internaute, évoquant, en outre, le récent «incident» ayant suivi la déclaration de «Miss Maroc 2021» relative à ses origines algériennes et qui lui ont valu une pluie d’attaques virulentes de ses concitoyens. La concernée ayant déclaré que sa grand-mère «a transmis à des Marocaines l’art de la broderie».  En plus du patrimoine immatériel, l’Algérie est de plus en plus la cible de tentatives d’appropriation de ses grandes figures historiques, à l’instar des souverains berbères. Une propension qui s’est tellement exacerbée que des passionnés du patrimoine algérien ont jugé utile de réagir en créant, entre autres, des pages et des groupes sur les réseaux sociaux dédiés à sa sauvegarde, en y publiant articles et images corroborant la paternité de l’Algérie sur celui-ci. «Nous pouvons nous enorgueillir d’avoir eu des personnalités de premier plan, nées sur le sol algérien, comme Massinissa, Syphax ou encore Juba II. Ce dernier fut un roi savant dont le musée à Cherchell démontre la richesse artistique de sa capitale Caesarea de Maurétanie.  Et que dire de la personnalité de Saint Augustin qui fut une des lumières de l’église chrétienne !», souligne l’historien Abderrahmane Khelifa, rappelant des noms historiques liés à la résistance, à l’instar de Jugurtha et de Takfarinas qui «soulevèrent l’ensemble de l’Afrique du Nord», ainsi que la Kahina, pour la période ayant marqué l’avènement de l’Islam dans le Maghreb. Dans le registre de la musique, le directeur de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (Aarc), Abdelkader Bendaamache, déplore que les pratiques des voisins n’aient pas épargné le style «chaâbi», soutenant  que ce style est «propre à l’Algérie et est issu de la poésie religieuse fondée par le grand poète Sidi Lakhdar Ben Khellouf».
A. S.

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