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lundi 26 septembre 2022

Gouvernement de majorité, gouvernement de consensus

Si les partisans de Moqtada al-Sadr n’occupent plus la grande salle du Parlement de Baghdad, ils ne se sont pas dispersés pour autant. Aux dernières nouvelles, ils se trouvent encore dans l’esplanade du bâtiment, où à l’appel de leur chef, qui lui reste à distance, ils ont accompli en masse la prière du vendredi. Il n’y a qu’en Irak qu’un parti qui n’est même pas majoritaire entend cependant imposer sa volonté à tout le pays ; qui plus est, à un pays aussi morcelé que l’est devenu l’Irak, vraisemblablement pour longtemps. Le courant chiite sadriste veut un gouvernement de majorité alors que lui-même n’a pas la majorité ; il en est même nettement éloigné. Mais avant qu’il ne lui vienne cette envie, un autre parti dans le monde arabe a pu diriger son pays, en l’occurrence la Tunisie, tout en étant encore plus éloigné de la majorité. C’est Ennahdha, qui ne s’avoue pas vaincu, alors que pour sa part elle serait tout à fait incapable de faire envahir par ses troupes mobilisées l’Assemblée de Tunis, si jamais bien sûr elle formait un tel projet. Une différence fondamentale existe entre l’Irak et la Tunisie. C’est que celle-ci, au plus fort de sa crise, ce qui n’est pas aujourd’hui le cas, n’a jamais cessé d’être un pays gouvernable, tandis que l’Irak ne l’est plus depuis plusieurs décennies.

La gouvernabilité ne dépend pas tant des majorités parlementaires réalisables que des courants politiques formant dans leur ensemble le champ politique national. En Tunisie, un bloc historique, le bloc national, exerce le pouvoir réel depuis l’indépendance du pays. Un bloc de même nature est au pouvoir en Algérie, et ailleurs dans le monde, arabe notamment. Pour se gouverner, ni la Tunisie, ni l’Algérie, ni l’Egypte, ni le Maroc, pour ne citer qu’eux, n’ont un besoin vital des partis, ni même d’une classe politique. Dans nos pays d’ailleurs, les partis n’en sont pas à proprement parler. Ce sont tout au plus des machines électorales, un peu d’ailleurs à l’image des partis américains, sans leurs moyens financiers toutefois. Ce qui a disparu en Irak, à la suite de l’invasion américaine de 2003, c’est le bloc historique maître du pouvoir d’Etat sur la longue période. Le pays dans la région le plus proche de l’Irak, c’est la Libye, un autre pays dont l’Etat a été détruit par une agression extérieure. Ce qui n’existe plus ni en Irak ni en Libye, c’est l’Etat national. Bloc historique et Etat national sont les deux versants d’une même réalité, l’un renvoyant à la dimension politique, l’autre aux institutions dont se compose tout Etat. Irak et Libye sont plongés dans la crise politique, qui touche aux fondements mêmes de leurs Etats. Il n’y a en revanche aucune crise politique en Tunisie, encore moins en Algérie, en Egypte ou au Maroc. On peut toujours leur trouver une crise, en cherchant bien, mais elle ne serait pas politique. Ces pays sont politiquement stables. Ils pourront le rester longtemps, tout en passant par toutes sortes de crises d’une autre nature. La revendication de Moqtada Sadr d’un gouvernement de majorité, et non plus d’un gouvernement de consensus, comme c’est le cas en Irak dès le départ des Américains, n’a aucune chance d’aboutir. Dans un pays qui n’est plus porté par un bloc historique national, il n’y a de gouvernement possible que de gouvernement de consensus. Ce que précisément les adversaires chiites de Moqtada Sadr se tuent à lui expliquer. Lorsqu’aucune majorité n’est plus possible et qu’on s’interdit le recours à la violence, seul un gouvernement de consensus est envisageable. Là où le bloc historique s’est décomposé, il n’y a plus de force capable d’exercer son hégémonie, et donc de réunifier le pays sous son autorité exclusive.

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