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samedi 13 août 2022

Gaz et sécurité en Europe

Pour parler de l’approvisionnement en gaz de l’Europe, dans le cas d’une guerre en Europe avec la Russie, le président américain a invité à la Maison-Blanche non pas les Européens, ou du moins l’un de leurs représentants, mais l’émir du Qatar, un pays qui présente ce double avantage : d’une part, de déborder de gaz, mais dont, de l’autre, la sécurité dépend entièrement des Etats-Unis. Joe Biden a fait savoir à son hôte qu’il demanderait au Congrès de décerner à son pays le titre combien enviable de meilleur allié des Etats-Unis…en dehors de l’Otan. Comme il y a déjà 30 pays membres de l’Otan, qui comme tels sont considérés comme meilleurs alliés que le Qatar, quels que soient les services que lui-même a pu ou est à même de rendre aux Etats-Unis, la place que cet honneur lui confèrerait, ce ne serait jamais que la trente-et-unième dans l’ordre protocolaire. Par exemple, aucun de ces membres, si l’on excepte un ou deux, ne serait d’un quelconque apport si le gaz russe venait à manquer. Mais le trente-et-unième allié, lui par contre, pourrait s’avérer indispensable. Cela dit, la véritable question est ailleurs. Elle est dans la façon dont les Etats-Unis encore une fois traitent leurs alliés européens.

C’est ainsi que c’est avec le Qatar, un fournisseur potentiel, qu’ils discutent en leur absence de quelque chose qui tout de même les concerne de près, à savoir la poursuite de leur approvisionnement en énergie si un conflit armé éclatait avec la Russie, pour l’heure le principal fournisseur de gaz en Europe. Les Qataris, tout en ne faisant pas mystère de leur satisfaction, restent évasifs sur leur réponse à la demande américaine. On peut le comprendre : la guerre n’ayant pas encore éclaté, et même pouvant ne pas éclater du tout, il ne serait pas intelligent de leur part de se présenter dès à présent comme une alternative à la Russie, ce qui ne serait pas un geste d’amitié à son endroit. Ce serait courir le risque de s’en faire inutilement un ennemi, alors que leurs relations sont plutôt bonnes pour le moment. Il n’empêche, ils se mettent déjà en position de devoir répondre à un marché mondial susceptible de subir une certaine évolution. La réalité, c’est que la guerre du gaz a commencé depuis bien plus longtemps que la crise actuelle à la frontière russo-ukrainienne. Elle a commencé avant la venue de Joe Biden, du temps de Donald Trump, qui ne voulait pas que les Européens, les Allemands notamment, achètent du gaz russe alors qu’ils peuvent s’approvisionner en gaz américain. Sur ce point, comme sur d’autres en matière de politique extérieure, il n’y a guère que des nuances entre les politiques menées par les deux présidents. L’une des toutes premières choses que feraient les Américains, dans le cas d’un conflit armé en Europe, c’est la destruction du gazoduc Nord Stream 2. Comme ils ne sont pas sûrs que cette guerre ait lieu, ils font tout leur possible aujourd’hui pour que du moins la crise actuelle débouche sur l’abandon par l’Allemagne de son projet d’approvisionnement en gaz par ce canal. Les prix du gaz ont explosé en Europe, comme ailleurs dans le monde, ces derniers mois. Ils ne sont toutefois pas les seuls à avoir augmenté, les plupart des matières premières étant à la hausse, pour des raisons d’approvisionnement essentiellement. Mais il n’y a que le gaz pour être aussi étroitement lié à une crise en Europe impliquant les Etats-Unis et la Russie, même si à l’origine il n’y est pour rien. Pour la première fois sécurité militaire et sécurité énergétique sont indissociables. La guerre du gaz, on y est déjà.

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