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lundi 6 février 2023

Festival national du théâtre professionnel: Constantine en compétition avec «Un été africain»

Devant une assistance nombreuse, la pièce de théâtre «Un été africain», adaptée du roman éponyme de l’écrivain Mohammed Dib, est entrée, mardi soir, en compétition du 15e Festival national du théâtre professionnel.

Par Abla Selles

Adapté au théâtre par Said Boulmerka, mise en scène par Karim Boudechiche et produite par le théâtre régional de Constantine, le spectacle a été présenté au Théâtre national Mahieddine-Bachtarzi où le 15e FNTP a élu domicile du 23 décembre 2022 au 1er janvier 2023. Conçu dans une forme contemporaine, «Un été africain» raconte en 70 mn l’histoire de Zakia, campée par Yasmine Abbassi, une jeune fille vivant encore la joie de sa réussite au baccalauréat, qui rêve dans la chaleur torride de l’été 1958 d’aller à l’université, dans un climat social délétère, marqué par la répression et les exactions de l’armée coloniale française.
A sa grande surprise, la jeune bachelière va se heurter au conservatisme de son père, campé par Adel Hamlaoui, et son oncle, rendu par Salah Eddine Terki, deux personnages conformes aux idées archaïques de la grand-mère autoritaire, incarnée par Nejla Tarli, qui, au nom d’intérêts individuels liés à des histoires d’héritage et de cupidité, décident de marier la jeune bachelière malgré elle.
Les tourments existentiels de Zakia sont suggérés par les personnages de «Miloud» (la conscience), rendu par Djamel Mezouari, et de «L’inconscience» interprété par Hadjer Siraoui, tous deux enfermés dans des cercles clos, car intemporels, de part et d’autre, au devant de la scène.
Entretenant la dualité entre le «raisonnable» et le «ressenti», la jeune fille se résout à rejoindre le maquis car convaincue que «la libération du pays» signifiait pour elle «la libération des esprits».
Au-delà de l’adaptation même d’«Un été africain» au théâtre, le spectacle rend également hommage à Mohammed Dib, à travers notamment la grand-mère autoritaire et Sabri, l’ivrogne rendu par Mohamed Delloum, qui renvoient aux personnages de «L’incendie».
Miloud le fou, intemporel et isolé, renvoyant au célèbre personnage de Mohamed Lakhdar Hamina dans «Chronique des années de braise» (Palme d’Or du festival de Cannes en 1975), ainsi que Sabri l’ivrogne, également mis à l’écart, constituent les seules sources qui ont porté le message de vérité contenu dans la trame.
Le personnage de la jeune bachelière qui renvoie au courage de Zakia la femme de Hassen, dans «Hassen Terro» de Rouiched, ou le caractère épique du spectacle conçu dans des atmosphères ramassées au ton solennel, faisant passer le langage de la raison au-dessus de tout et renvoyant au théâtre brechtien, sont autant d’éléments pertinents qui font de l’adaptation sur les planches d’«Un été africain» un spectacle plein et réussi.
D’un apport concluant au spectacle, la scénographie de Halim Rahmouni restitue une habitation tlemcenienne traditionnelle – autre clin d’œil à Mohammed Dib – à travers un patio, suggéré par trois arcades, faisant ainsi appel, selon le metteur en scène, à des «techniques cinématographiques».
La musique et les bruitages, œuvre de Abdeladim Khemri, ainsi que la chorégraphie de Bilel Bouberd, ont bien illustré les différentes situations de la trame et contribué à tirer le spectacle vers le haut.
Savourant tous les moments du spectacle dans la délectation, le public a longtemps applaudi l’ensemble des comédiens.
A. S.

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